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Pietersheim, une grandeur un peu sèche


Slot Pietersheim - 3620 Lanaken



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Category : Information Business Events
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  • Pietersheim à Lanaken fut le fief des Merode. Ce château récent ne manque pas d’allure. © Philippe Farcy

  • © Philippe Farcy

  • Les ruines de l'ancien château à 80m du château actuel © Philippe Farcy janvier 2006

  • Dessin ancien

  • Les ruines de l'ancien château à 80m du château actuel © Philippe Farcy janvier 2006



Official Name Slot Pietersheim
Location 3620 Lanaken
Construction 1721; 1745; 1908; incendié en 1920; reconstruit en 1926
Style Classique
Architect
Occupants Hotel-Restaurant Slot Pietersheim (Gemeente Lanaken)
Allocation Hôtel-Restaurant Slot Pietersheim
Protection Bien classé le 11 mai 1983

Last udpate: 06/01/2013


Le fief des Petershem ouvrit aux Merode les portes des Pays-Bas du Sud


Dans un parc de 80 ha, le château de Pietersheim essaye de faire oublier sa jeunesse. Au contraire des hommes, les bâtisses ne semblent belles que lorsqu’elles sont centenaires. Et pourtant, dans sa relative sécheresse, le château actuel ne manque pas d’élégance. Pour l’heure, la région peut se réjouir de posséder cet édifice de style classique caractérisé par un impressionnant fronton en arc surbaissé posé sur la façade donnant sur l’étang. Le château actuel reprend dans ses formes le castel précédent. Dans le même domaine se trouvent les ruines de l’antique château féodal. Les ruines sont classées depuis juillet 1996.


Pierre de Meuse

Le château se compose d’un seul bâtiment long de onze travées et large de trois travées. Il est construit en briques et pierre de Meuse pour les décors des baies, les pilastres qui limitent les avant-corps et les chaînages des arêtes. On retrouve la pierre à hauteur du soubassement à jours. Montant sur deux niveaux, la façade d’accueil se distingue par son avancée centrale grimpant sur trois niveaux sous un fronton triangulaire. Les baies inférieures sont en plein cintre comme celles des faces latérales et du côté du parc. La toiture en bâtière est couverte d’ardoises et piquée de nombreuses lucarnes de style Louis XV; elles alternent avec d’autres baies éclectiques en plomb évoquant la Renaissance. La façade donnant sur le parc compte une très large travée centrale en ressaut. Contrairement à celle donnant sur le perron d’entrée, elle n’est pas exhaussée.



Deux familles et basta cosi

Pietersheim demeure un château symbolique pour une de nos plus illustres familles: les Merode. Cet endroit fut leur deuxième porte d’entrée vers notre pays. Ils venaient du Saint-Empire romain germanique d’où ils tirent leur origine et s’établirent pour partie vers le duché de Brabant puis la principauté de Liège, le Hainaut et le Luxembourg. La famille Merode nous vient de Kerpen sur Erft près de Cologne. De cette origine rhénane, s’explique l’absence de é à leur patronyme.

Les rares écrits concernant la seigneurie qui nous occupe évoquent bien sûr les sires de Petershem déjà signalés en 1281 comme le publia de Raadt (Les Sceaux armoriés; 1898). Le domaine ancien était d’une étendue presque équivalente à l’actuelle commune de Lanaken et ses divers villages ou hameaux. Les Petershem étaient par ailleurs seigneurs de Stevensweerdt, Obbicht, Steyn, Hilvarenbeek, Leefdael, Oirschot et Spalbeke. Les Merode qui avaient étendu leurs domaines vers le duché de Juliers à Frentz, acquirent le château d’Andrimont en 1339, comme l’indique L. de Herckenrode en 1845. Georges Martin en 1999 cite la date de 1329 pour cet achat. Celui de Pietersheim leur vint du mariage de Richard, baron de Merode, comte d’Oelen, avoué de Duffel, seigneur de Frentz et de Westerlo (hérité de sa mère Marguerite de Wesemael) avec Béatrice de Petershem. Jusqu’en 1971, le château appartint aux Merode. Richard mourut en 1446. Son épouse le suivit en 1455. Ils eurent sept enfants. Leur fille Marguerite, décédée en 1521, épousa Guillaume de Hamal, seigneur d’Elderen, fils d’Arnould et d’Anne de Trazegnies. Leur fils Jean, mort en 1485, fit un mariage sublime avec Aleyde de Hornes, dame de Geel et de Diepenbeek, fille de Jean, baron de Perwez en Brabant. De là vinrent et à travers les Melun leur cousinage avec les Ligne. Leur autre fils Richard fut uni tout aussi intelligemment à Marguerite de Houffalize, ce qui conduit vers les Argenteau (Fologne) et bien d’autres familles.


Petershem, ce sont aussi les restes d'une seigneurie libre

Juste à côté du château relativement récent de Pietersheim ou Petershem, se trouvent les ruines de l'antique castel fortifié dont on conserve moins de pans de murs qu'à Walhain, mais plus qu'à Grevenbroeck, au nord de Achel. De l'ancien château-courtine ou , largement édifié en grès carbonnifère, on regardera encore l'intéressante porte d'accès d'époque romane, puis les fondations de la chapelle castrale ainsi que le bel effet des pans de murs circulaires existant encore. Le domaine de 80 ha comprenant les ruines et le château plus récent avaient été vendus par les princes de Merode en 1971, à la commune de Lanaken. Les vendeurs étaient les descendants du prince Félix (né à Rixensart en 1882, il est décédé à Serrigny en 1943) et de la princesse Françoise, née Clermont-Tonnerre, fille du duc Gaspard et de Françoise (des marquis) de Moustier. Félix et Françoise firent neuf enfants.



Peu de littérature

De l'antique château-fort bien peu d'auteurs parlèrent jusque-là, jusqu'à ce qu'en 2002 les éditions de L'Octogone sortent avec l'aide de la Communauté Européenne (Interreg II), un petit livre édifiant sur les châteaux-forts et fortifications entre Meuse et Rhin. Sauf ce travail récent dirigé par Ingrid Desmedt, et Patrick Hoffsummer de l'ULG, les murailles qui nous occupent n'étaient mentionnées que dans les guides touristiques du Limbourg et dans les plaquettes locales ou sur le site internet de l'entité, sans aucun détail vraiment important. Pour ce qui regarde l'histoire, il faut alors s'en remettre à Saumery et à ses Délices du Pais de Liège, au tome IV, p. 117. L'auteur avait fait voici 250 ans une petite virée dans ce coin de la basse Meuse et votre serviteur ne fit que suivre les pas de cet illustre personnage. Saumery évoque en sortant de l'abbaye de Hocht dont il faut aller voir le magnifique portail baroque. La mention la plus ancienne de la forteresse remonte à 1292. Elle devait exister bien avant cela, on s'en doute. L'essentiel des bâtiments allaient disparaître en 1378 suite au décès du prince évêque de Liège Jean d'Arckel et à des conflits opposants des Limbourgeois à des Hesbignons de Tongres. Les sires de Petershem reconstruisirent les édifices. Le travail fut continué par leurs héritiers, comtes de Merode, depuis leur venue par le mariage de Béatrice de Petershem avec Richard, baron de Merode. En 1569 le prince évêque Gérard de Groesbeeck mit le siège devant le château pour une raison inconnue. Il fut suivi en 1579 par le duc de Parme, Alexandre Farnese. Vers 1650 le vieux château avait été en partie remonté mais ses ouvrages de défense tout neufs furent démantelés illico sur ordre du prince évêque de Liège, Maximilien-Henri de Bavière. Hoffsummer écrit que le château fut alors délaissé; il tomba en ruine faute d'avoir été habité. En 1721, une partie du corps de logis s'effondra.

A voir la gravure de A. Schaepkens, publiée par Hoffsummer, on avait en effet à faire à un édifice stratégique considérable, tout en cercle (comme à Ath, au site de la tour Burbant), précédé par une drève mais défendu par un triple cercle de canaux. Un châtelet d'entrée avec donjon bordé de deux tours rondes gardait le premier fossé derrière un pont-levis. Puis dans l'axe se trouvait une deuxième rivière et enfin on tombait sur l'entrée actuelle du château. Fallais bénéficia jusqu'au milieu du XIXe siècle du même genre de défense aqueuse en trois bras d’eau. Le donjon porche était coincé entre deux tours dont l'une était accoudée à une troisième tour ronde au nord. De part et d'autre, les murailles étaient piquées de bâtiments de service ou d'habitation, sans oublier la chapelle. Voilà un dispositif qui devait évoquer Sombreffe. Le site a été figuré sur une tapisserie de Bruxelles datant du XVIe siècle (on peut la voir au château de Westerlo, propriété des Merode bien sûr).

Les ruines ne se visitent pas mais on peut se balader autour.



Effondrement

L’histoire raconte qu’en l’an 1721 il y eut ici un drame bien rare. En effet, le maréchal (des armées d’Autriche) Eugène-Philippe de Merode (1674-1732) qui convolait pour la seconde fois avec la princesse Charlotte-Amélie de Nassau-Hadamar, fille du prince régnant de Nassau-Hadamar et de la princesse Elisabeth de Hesse-Rheinfels-Rottenbourg, avait invité un monde fou à ses noces. En plein cocktail, une partie du château s’effondra sur les convives, tuant plusieurs domestiques en épargnant les amis du baron de Merode, marquis de Westerlo, comte de Montfort, baron de Quabeck, seigneur de Villers-sur-Lesse ... Le château ne fut reconstruit qu’en 1745 et agrémenté de superbes jardins. Le maréchal, propriétaire du Schloss Merode et acquéreur en 1715 de celui de Rixensart, avait déjà été marié à Bayonne en 1701 avec Marie-Thérèse Pignatelli, fille de Nicolas, vice-roi de Sardaigne et de Sicile, chambellan du roi d’Espagne Charles II et de Jeanne Pignatelli Tagliava d’Aragona-Cortes. Vert comme Henri IV, père d’une fille issue du premier lit, le fier soldat partit à la conquête de sa seconde femme et fit encore six mioches assurant à Pietersheim un avenir stable et raffiné que les faits ne démentirent point. Une fois mort, la belle devint folle offrant au monde une preuve d’amour supplémentaire.


Parc public. Visites possibles.



SOURCES:
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 3, Editions Aparté, novembre 2004 

Burcht en kasteel "Pietersheim" (ID: 895), De Inventaris van het Bouwkundig Erfgoed, Onroerend Erfgoed https://inventaris.onroerenderfgoed.be/dibe/relict/895
Châteaux forts et fortifications entre Meuse et Rhin, Les editions de l'Octogone 2002
Paul Arren, Van Kasteel naar Kasteel IX, Hobonia 2001
J.Th. de Raadt, Sceaux armoriés des Pays-Bas et des pays avoisinants, Société Belge de Librairie 1898
Pierre Lambert de Saumery, Les Délices du Pais de Liège ..., chez Everard Kints 1738