FR - NL - EN
HOME AGENDA CONTACT FAQ CHATEAU OWNER LOGIN

Les Vieux-Joncs, un palais de princes chevaliers


Landcommanderij Alden Biesen - 3740 Rijkhoven (Bilzen)



Contact

Category : Information Business Events
First Name
Last Name
E-mail
Phone
Please enter CASTLE in the below field:

  • Le château fort des Vieux-Joncs est un vrai bonheur esthétique. Les bâtiments annexes du parc comme la maison des Apôtres ont tous retrouvé des vocations. © Philippe Farcy

  • © Philippe Farcy

  • Cette vue aérienne récente permet de prendre la mesure des Vieux-Joncs et de cet endroit exceptionnel. © Philippe Farcy



Official Name Landcommanderij Alden Biesen
Location 3740 Rijkhoven (Bilzen)
Construction XVIe, XVIIe, XVIIIe et XXe siècles
Style Traditionnel
Architect
Occupants
Allocation Bureaux, salles d'expositions, de réceptions, de congrès, de théâtre
Protection Bien classé le 16 septembre 1942

Last udpate: 04/01/2013


Au centre d'un réseau d'assistance aux plus pauvres, un baillage était une corporation spirituelle pour des gens bien nés.


L’Ordre des chevaliers teutoniques constitués de chevaliers, de prêtres et de laïcs fut institué comme d’autres lors des premières campagnes qui menèrent les Croisés en Terre Sainte. La troisième fut pour les peuples du Nord la plus marquante. Ces combats contre les Infidèles étaient la clé pour le salut éternel. Les terres acquises par l’Ordre allaient de l’Atlantique à la Dvina. Au fil du temps et des revers subis contre les musulmans, leur mission devint celle de divers ordres hospitaliers, cherchant à procurer aux plus pauvres un minimum de confort et de chaleur. Les chevaliers choisis ne pouvaient être les aînés de leur famille; ils ne pouvaient se marier. Et ils n’avaient pas des armes que à la ceinture. Ils en portaient sur leurs boucliers et leurs bannières. Pour entrer dans le cénacle, il fallait faire preuve de seize quartiers de noblesse. La confrérie hospitalière fut transformée en ordre chevalier spirituel dès 1198. Le baillage des Vieux-Joncs était un lieu de qualité comme l’étaient ses autres partenaires dans la partie occidentale de l’Ordre, en ce qui regarde la résidence du grand-maître. Le reste des bâtiments non agricoles était ici consacré à un hospice tenu par des prêtres. Les Vieux-Joncs avaient comme pendants Utrecht, Trèves, Coblence et Munster. Depuis le Limbourg liégeois, le grand-commandeur dirigeait plusieurs commanderies telles Becquevoort, Holt, Bernissem, Siersdorf, Aix, Liège, Fouron-Saint-Pierre, Maestricht (où il résidait le plus souvent), Gemert, Ordingen, Gruitrode et d’autres lieux encore, selon les époques. Dans la période qui nous intéresse le plus (1525-1809), le « siège social » de l’Ordre se trouvait à Mergentheim dans le Bade-Wurtemberg.



Trente ans de travaux


Le site des Vieux-Joncs avait été retenu dès 1220 grâce au comte de Looz Arnold III et à sa sœur, l’abbesse de Munsterbilzen, Mechtildis van Are. Ces derniers cédèrent à l’Ordre une chapelle et des terres qui étaient en marge de la Rhénanie et du duché de Brabant. Des édifices antérieurs au XVIe siècle, on ne connaît rien. Les bâtisses actuelles remontent au plus tôt à 1543 quand le grand commandeur Wynand van Moelenbach dit van Breyll (°vers 1500, grand commandeur 1536-1554, +1554) débuta des travaux de modernisation. Il rasa tout ce qui était médiéval et fit du neuf. Un château fort entouré d’eau en fut le centre vital. Quatre ailes et quatre tours seront érigées selon des modèles défensifs dont on peut se demander si à l’époque ils n’étaient pas déjà un peu désuets. Les constructions sont en briques, agrémentées d’un peu de tuffeau et les décors habituels sont en pierre bleue de la vallée de la Meuse. Pendant trente ans, les travaux se poursuivront sous quatre commandeurs. On fit construire des douves maçonnées de briques, la chapelle et ses jolies arcades. La chapelle a été décorée en 1641 d’un maître-autel du peintre Gérard Douffet (de Liège) et de deux toiles (1650) de Gaspard de Crayer (d’Anvers). Puis vinrent les granges à dîmes, l’immense basse-cour en carré et d’autres éléments majeurs pour le patrimoine, conçus aux alentours sous les commandeurs Edmond Huyn van Amstenrade (Sombreffe) et Godefroid Huyn van Geleen.

L’importance des bâtiments, leur nombre et leur étendue étaient un message politique montrant la force de l’Ordre sur des territoires dans lesquels il était souverain féodal. Il y aura encore des aménagements intérieurs du temps du baron Godefroid de Bocholtz (°1615, commandeur 1658-1690, +1690) avec une commande d’un plafond allégorique pour la bibliothèque au peintre liégeois Walthère Damery (1614-1678), entre 1660 et 1665. Le commandeur Damian Hugo von Schönborn (°1676, commandeur 1709-1743, +1743) transformera le château fort en résidence dont l’organisation intérieure sera le reflet d’un certain absolutisme. Puis les travaux prendront fin sous le contrôle de Gaspard-Antoine van der Heyden de Belderbusch (°1722, commandeur 1766-1784, +1784).



Un grand Monopoly


Dès 1796, l’ensemble des biens du baillage fut « nationalisé ». En 1797, les Vieux-Joncs furent proposés en vente publique. L’opération se fit en deux temps, entre le 19 février 1797 et le 18 avril 1801, tant il y avait de lots à distribuer aux plus offrants pour l’ensemble des commanderies. En 1801, seuls 3/5 des terres avaient changé de mains au profit de quelques grands acheteurs comme à Hasselt, les Claes, Libotton, Van Russelt et Wilsen. À Saint-Trond, les Pitteurs étaient aux premières loges, tandis qu’à Liège, les Sélys et les Capitaine travaillaient pour les générations futures. Des notaires et des fonctionnaires participèrent à ce jeu immense de Monopoly où les hectares se calculaient en milliers sur les trois frontières d’États actuelles. Les Vieux-Joncs aboutirent au notaire et juge de paix Guillaume Claes (1752-1841) à travers des prête-noms; il usera du système pour acheter le château de Diepenbeek. Il achètera aussi l’abbaye de Herckenrode, le couvent des Augustins de Hasselt et des fermes.


Mais en 1819, Claes a besoin de sous et il mit les Vieux-Joncs en loterie avec tirage des 80 000 lots prévus jusqu’en 1822. À la fin du compte, le château ne changea pas de main. À la mort de Guillaume, le château fut repris par son fils aîné Jean-Adolphe (1784-1857) qui le céda à ses frères Guillaume (1788-1874) et Maurice (1792-1880). La fille de Maurice, alors seul maître à bord, hérita. Anne-Valérie Claes (1826-1886) épousa l’avocat Pierre-François du Vivier (1815-1887). Leur fille Malvina (1849-1926) se chargea du bien avec son époux Marcellin Roelants (1844-1894). Une des filles hérita de la maison de l’Intendant tandis que leur fils Armand (1889-1974) uni à Gabrielle Taymans d’Eypernon (1894-1976) devenait le dernier propriétaire privé du domaine. L’État lui acheta les Vieux-Joncs en 1971. Le 8 mars de cette année-là, le château brûla.



Plus beau que jamais


Ce fut sa mort; ce devint sa renaissance. Après vingt ans de travaux pharaoniques, les Vieux-Joncs ont retrouvé leur splendeur. Le parc a été recomposé, tous les bâtiments ont été restaurés et réaffectés. Les Vieux-Joncs n’ont, extérieurement, jamais été aussi beaux. On y vit passer des gens illustres tels le duc de Cumberland, fils de George II d’Angleterre en 1747, puis Louis XV et sans doute Maurice de Saxe en juillet et août 1747 lors de la bataille du 2 juillet à Laeffelt (Vlytingen), entre Tongres et Maestricht. Cumberland laissa 10.000 hommes sur le champ de bataille. C’était moins qu’à Ramillies en juin 1706, mais là le sang était français !

Visites impérieuses.


SOURCES
:
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 4, Editions Aparté, novembre 2005
Paul Arren, Van Kasteel naar Kasteel II,  Hobonia 1987