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La Solitude, un bienfait de Malfait


Château de La Solitude - 1160 Auderghem (Brussels)



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  • La Solitude n’est plus seule. Sauvée par des promoteurs immobiliers, elle a retrouvé sa splendeur. © Philippe Farcy

  • La blancheur de la pierre qui pare les façades augmente la délicatesse des décors de style Louis XVI. © Philippe Farcy



Official Name Château de La Solitude
Location 1160 Auderghem (Bruxelles)
Construction 1912
Style Beaux-Arts
Architect François Malfait
Occupants Solibel s.a. & FISU - International University Sports Federation
Allocation Bureaux
Protection Bien classé le 20 janvier 2000

Last udpate: 18/09/2013


À Auderghem, se cache un cousin du petit Trianon.


Quand on dit que la Grande Guerre marque une césure définitive entre le XIXe siècle et le XXe siècle, entre la Belle Epoque et le monde Art déco des Années folles, voire le monde moderne, on ne croit pas si bien s’exprimer. Ce palais sis à Auderghem, comme le château Devis à Uccle terminé en 1915 ou encore le château de Marche-les-Dames érigé par la princesse Pauline d’Arenberg à partir de 1915, illustrent la fin d’une ère.


Une affaire d’altesses

La Solitude est une demeure du plus haut prestige, voulue et érigée à la demande de la duchesse de Croÿ, née Arenberg. Charles-Alfred, douzième duc de Croÿ (1859-1906), était fils de Rodolphe et de la princesse Nathalie de Ligne et petit-fils de Nathalie de Trazegnies. Charles-Alfred avait une soeur Eugénie qui devint princesse Esterhazy. Son autre soeur, Isabelle, épousa l’archiduc Frédéric d’Autriche. Une troisième soeur, Clémentine convola avec le comte Adhémar d’Oultremont et vécut à La Berlière. Charles-Alfred s’unit donc à Ludmille d’Arenberg, née à Héverlé en 1870. Elle décéda le 9 septembre 1953 à La Solitude. Elle vécut la plupart du temps avec son époux dans le château familial de Dülmen en Allemagne et profitait de la villégiature sublime de l’Hermitage à Condé-sur-Escaut en France. Comme nous le signalait un très distingué historien : « Ludmille avait aussi vécu à Bruxelles avec son mari dans le « petit hôtel d’Egmont » (qui a fini par donner son nom de manière posthume à l’ensemble du palais d’Arenberg), lequel représentait l’aile du XVIe siècle donnant sur la rue aux Laines. Lorsque le 23 janvier 1892, le palais ducal fut ravagé par un incendie, le duc et la duchesse de Croÿ durent se sauver en chemise de nuit et se réfugier chez les comtes de Lannoy au 13 rue aux Laines. Dans les décombres du palais, on découvrit une boule informe en argent massif : c’était toute l’argenterie ducale qui avait fondu... ».


Une mort inconsolable

La mort de Charles-Alfred survenue en Hongrie laissa Marie-Ludmilla inconsolable. Mais, pire encore, elle ne supporta pas que l’Hermitage, vidé de ses meubles par les Allemands et occupé comme hôpital par ces derniers, ait été par la suite saisi et mis sous sequestre, comme tous les biens des branches allemandes des Croÿ et des Arenberg, par les Alliés. D’ailleurs, à la première occasion soit en 1927, Madame racheta le château de l’Hermitage. À en croire le comte Frédéric de Limburg Stirum, les dames de la famille Arenberg n’ont pas été affectées par le sequestre; seuls les messieurs furent sur leur patrimoine propre concernés.


L’appel à Malfait

S’étant retirée à Bruxelles, sans doute suite au partage des immeubles en faveur des enfants nés de son mariage avec Charles-Alfred et devant l’impossibilité de retourner rue aux Laines séquestrée, la princesse et duchesse construisit le château de La Solitude. Elle fit appel à l’architecte François Malfait, connu pour avoir érigé le Vauxhall dans le parc de Bruxelles, restauré par le baron Eric d’Huart. Au décès de Madame, l’Etat acheta la demeure à ses enfants. Le gouvernement y installa comme à Saint-Ghislain et à La Neuville-sous-Huy, un pensionnat pour enfants de forains et de bateliers. Comme en vallée de Meuse, les pelouses servirent jusqu’en 1998 de lieu d’implantation à d’infâmes baraquements en béton et verre dignes d’un camp de concentration.


Sauvé par des promoteurs

Acquis par la Communauté Française dans le courant des années nonante, le château devint un centre anti-sida. Des SDF s’y installèrent sans permis pendant quelques mois en 1996. En 1998, le château désœuvré a été vendu à la société Solibel qui l’a restauré avec un soin parfait sur les conseils des architectes de l’Atelier d’Architecture de Genval. Transformée en bureaux, La Solitude est revenue à la plénitude et à sa majesté d’antan. Le château, a priori simple aux regards de ses lignes, est relativement chargé par divers décors. Il s’impose par son volume rectangulaire de neuf travées sur deux niveaux et demi posés sur un soubassement de caves à jours rectangulaires. Les trois travées du centre sont en léger ressaut. Les faces latérales ne comptent que cinq travées. Quant à la face nord, elle est privée de deux travées ce qui crée un phénomène de ressaut du corps central. Le premier niveau est orné de refends. Les baies y sont toutes à plein cintre ornées de clés enroulées qui se prennent pour des consoles. Le portail en fer forgé est inclus dans un arc surbaissé. L’entrée est précédée d’une belle terrasse et d’un degré de cinq marches. Un beau balcon de style Louis XVI surmonte l’accès à la maison. Les deux premiers étages sont séparés par un cordon épais alors qu’en haut, la séparation n’est marquée que par les frontons à doucine posés sur d’autres consoles. Des pilastres séparent toutes les fenêtres. Les baies centrales sont superbement limitées par quatre paires de pilastres à chapiteaux palmiformes éclectiques. La baie centrale est surmontée d’un oculus presque circulaire partiellement entouré d’une guirlande à nœud; on le retrouve sur les faces latérales mais en baie aveugle. L’ensemble de la bâtisse est surmonté par un toit presque plat précédé d’un garde-corps et posé sur une corniche à modillons et gouttes. Voilà qui est magnifique. Les promoteurs immobiliers ne sont plus nécessairement des fossoyeurs du patrimoine... Visites non autorisées, mais en étant poli, tout est possible.


Le château se voit de la rue.


SOURCES:
Louis Schreyers & Irène Arquin, Les cinq "châteaux" d'Auderghem, in Demeures Historiques & jardins, n°160, trimestriel IV-2008

Philippe Farcy, 100 châteaux de Belgique connus et méconnus, volume 2, Editions Aparté 2003