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Heers subit toujours la tourmente du temps et de l'indifférence


Kasteel van Heers - 3870 Heers



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  • © Philippe Farcy

  • Heers est un chef-d’oeuvre de l’architecture limbourgeoise qui semble mêler les influences liégeoises et brabançonnes. © Philippe Farcy



Official Name Kasteel van Heers
Location 3870 Heers
Construction Début du XVIe siècle; XVIIe et XVIIIe siècles
Style Gothique flamand et Renaissance mosane
Architect
Occupants Vicomte Desmaisières
Allocation Résidence privée
Protection Bien classé depuis 1943

Last udpate: 04/01/2013


Heers est une perle du Limbourg


Heers est l’un des plus importants châteaux de notre royaume et sa cour intérieure est en soi une rareté. Jadis doublement ceinturé d’eau, comme le montrent des dessins anciens et des gravures, le château posé sur son île était isolé d’une puissante ferme, elle aussi ceinte d’un large canal. On accédait de l’un à l’autre grâce à un pont, comme au vieux château de Mouscron. Les bâtiments de la ferme sont d’une importance comparable à ceux de la ferme de feue l’abbaye de Ramezée près de Jodoigne.

Mais Heers, ensemble exceptionnel, est dans un état lamentable de conservation. À l’heure d’écrire ces lignes, des tractations sont en cours pour que la province du Limbourg en devienne propriétaire. Cela semble la bonne formule. À ce stade de dégradation, il n’y a plus que des pouvoirs publics pour prendre en charge de tels vaisseaux du temps passé. La qualité architecturale de cette bâtisse est absolument majeure et mériterait cet effort. Nous avons affaire à un exemple rarissime de maison seigneuriale construite au tournant des époques gothiques et renaissantes. De plus, le style du château le place à mi-chemin entre des influences liégeoises et flamandes. Le bâti de briques est largement animé sur les flancs sud et ouest par des bandeaux de moellons serrés venant s’ajouter aux chaînages d’angles et à ceux des baies, transformées pour la plupart. Elles devaient être à croisées comme certaines d’entre elles qui regardent vers la ferme. Le château est conservé dans la descendance du vicomte Antoine Desmaisières et de la vicomtesse, née en Espagne dans la noble famille des Roxas.



Pauvreté salutaire

Malgré son état, l’esprit de Heers semble intact. La pauvreté des propriétaires, ici ou ailleurs, n’est pas systématiquement mauvaise en elle-même. Elle empêche parfois des programmes de destruction-reconstruction. Mais en l’espèce, on arrive à la limite du supportable.

Sur le plan historique, seul de Seyn donne des précisions. Dès le XIIIe siècle, Heers était un comté dépendant de celui de Looz. Il appartenait à Wauthier de Heers et à Marie de Wassemberge. Veuve en 1285, Marie épousa ensuite le très jeune Guillaume de Waroux « venu à Heers pour apprendre le flamand et perfectionner son éducation », raconte l’auteur. Et Hemricourt d’ajouter : « les Heers avaient auprès d’eux le jeune Guillaume, fils aîné du seigneur de Waroux. N’étant point encore chevalier, il servait d’écuyer tranchant de la noble dame, laquelle, le trouvant fort à son gré, l’épousa ». C’est lui qui, devenu puissant chevalier et grand-bailli du Condroz, déclencha en 1298 la guerre opposant les Awans et les Waroux; cela ensanglanta la Hesbaye jusqu’en 1335. Les descendants de Wauthier s’éteignirent au XVe siècle quand disparut Cécile, fille de Gérard II et de Catherine de Binsfelt. Le 29 juin 1362, Cécile épousa Raes I de Rivière d’Aerschot, seigneur de Grez, Neerlinter, Linter, Berg, Jesseren, Hormael, Holsbeke, etc.

De Borman nous apprend ensuite que le bien avait été « confisqué par Charles le Téméraire, qui reprochait à Raes II d’avoir soulevé le peuple contre lui. Heers fut finalement restitué par Marie de Bourgogne aux enfants de Raes II d’Aerschot, mort le 25 octobre 1477. Parmi la descendance de Raes II, les seigneurs de Heers se suivent depuis Dieudonné, marié à Thiriette de Hamal de Monceau, auxquels succède leur fils Richard I époux de Jeanne de Merode. Le fils de ces derniers, Erard, avait convolé avec Jeanne de Merode de Pietersheim. Mort en 1540, son tombeau est une des merveilles de l’église de Heers. Leur fils Richard II s’unit à son tour à la baronne Antoinette de Merode de Trélon. Son fils Henri fut bourgmestre de Liège en 1630. Il avait épousé Catherine de la Douve-Neuféglise, baronne de Hauteville. Entre-temps, les d’Aerschot furent faits comtes en 1623 par la volonté de l’empereur Ferdinand II. La dernière des Rivière d’Aerschot décéda abbesse de Herckenrode (près de Hasselt), en 1744. Abouti on ne sait comment dans les mains du sieur Le Febure de Focan, le comté fut acquis par l’abbaye Saint-Laurent, de Liège. En 1757, le bien fut transmis par vente au baron Nicolas de Stockhem. Par mariage, Heers fut livré au XIXe siècle aux barons de Wal, dont les vicomtes Desmaisières sont les héritiers.


Reconstruit après avoir été confisqué

La demeure castrale était jadis précédée par un châtelet d’entrée, accolé à l’extrémité de l’aile sud de la ferme. Elle fut reconstruite après avoir été détruite par les armées du duc de Bourgogne Charles le Téméraire, suite à la défaite des Liégeois à Brustem le 28 octobre 1467. Le château fut, par deux fois encore, assiégé et fortement abîmé quand les Français et les Hollandais se disputèrent vers 1676.

Le château se présente comme un quadrilatère strié de vingt-sept bandeaux plats, non compris ceux qui animent les lucarnes à pignons crénelés. Les façades montent sur deux hauts niveaux. Un soubassement de caves en moellons assure une certaine légèreté. La façade ouest est la plus longue. Elle compte huit travées auxquelles il faut ajouter les deux travées de la tour engagée en forte saillie. La tour est couronnée d’une toiture en pavillon et en plus, à l’intersection avec le corps de logis, on a disposé une petite tourelle octogonale. La façade orientée au sud compte trois travées en ce compris la porte cochère du rez-de-chaussée. Celle-ci monte sur la totalité du premier niveau sous un arc brisé sans clé mais sommé d’une pierre armoriée aux armes des actuels vicomtes. On constatera que l’aile d’accès est bordée par deux ailes concaves. Sous la corniche, cette partie concave est encore ouverte par un jour étroit. Ces deux dernières façades sont les plus ornées. Les lucarnes passantes qui s’y trouvent profitent d’une sorte d’appui par la présence d’un encorbellement ajouré d’une frise en arcatures de style gothique. La façade nord, elle aussi décorée de ses bandeaux, est flanquée de deux tours cornières en saillies. L’une d’elles a perdu son bulbe, visible sur les documents anciens. Le centre de cette aile est animé d’un avant-corps de cinq côtés, couronné par une balustrade datant de 1720. Cette travée centrale est piquée en son centre d’un pignon à volutes orné de quatre œils-de-boeuf.



On ne visite pas.


SOURCES
:
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 1, Editions Aparté, novembre 2002 
Paul Arren, Van Kasteel naar Kasteel VI,  Hobonia 1995
Eug. de Seyn, Dictionnaire Historique et Géographique des Communes Belges, Etablissement Brepols, Turnhout, 3e édition non datée (après 1945)