FR - NL - EN
ACCUEIL AGENDA CONTACTEZ-NOUS FAQ CONNEXION CHÂTELAINS

Souvenirs du Manoir d'Anjou


Manoir d'Anjou - 1150 Woluwé-Saint-Pierre (Bruxelles)



Contacter

Catégorie : Informations Business Evénements
Prénom
Nom
E-mail
Téléphone
Veuillez écrire CASTLE dans le champ ci-dessous:

  • Le duc d’Orléans débarquait d’Angleterre quand on lui parla de cette demeure de Woluwé. Ce fut un coup de cœur. © Philippe Farcy

  • Sur une dépendance pointe le pigeonnier. Charming, isn’it ? © Philippe Farcy

  • La façade arrière ressemble à une petite usine éclectique. © Philippe Farcy

  • Par contre la façade d’honneur, au sud, regarde vers une vue toujours magnifique. Le duc d’Orléans puis celui de Guise et le comte de Paris entraient dans le parc tout en bas près de l’avenue de Tervueren. © Philippe Farcy



Nom Officiel Manoir d'Anjou
Localisation 1150 Woluwé-Saint-Pierre (Bruxelles)
Construction 1885, 1893, 1900 et entre 1913 et 1926
Style Néo-classique
Architecte
Occupants ICHEC (Institut Catholique des Hautes Etudes Commerciales), Site Anjou
Affectation
Protection Bien non classé

Dernière mise à jour : 24/03/2012


À Woluwé-Saint-Pierre, se trouve la résidence des Orléans, fief éphémère d’une famille royale en exil.


Posé sur son petit monticule comme l’impalpable résidence des dieux sur le Mont Parnasse, le Manoir d’Anjou vit naître une petite Hélène; elle accompagnait les statues de Diane et d’Apollon qui jadis animaient le parc. Hélène n’était pas déesse mais seulement princesse, royale quand même. Son père était Henri prince d’Orléans, alors futur comte de Paris. Sa mère se prénommait Isabelle. Elle était princesse royale et impériale d’Orléans-Bragance, petite-fille de la régente du Brésil, une autre Isabelle qui abolit l’esclavage. Cette abolition fit perdre aux Orléans leur trône lointain. Ils y gagnèrent en liberté mais c’est une autre histoire. À Woluwé, le Manoir d’Anjou a été dans les mains de l’a.s.b.l. des Fraternités du Bon Pasteur en 1987. Récemment, le Manoir d'Anjou est devenu le second site de l'ICHEC (Institut des Hautes etudes Commerciales), l'école de gestion la plus importante en Belgique francophone.

Orléans et Guise

Le parc a beaucoup évolué; on y a construit des bâtiments scolaires de grandes dimensions depuis que le domaine a été repris par les Religieuses du Bon Pasteur en 1948. Ces sœurs possédaient le château disparu de Lembecq près de Hal, construit par la famille Claes (Groenenberg et Ittre). Elles acquirent le bien agrémenté d’une superficie de onze hectares le 21 avril de cette année 1948 auprès d’Isabelle, duchesse de Guise, dite Miou (1878-1961). Elle était propriétaire, fille du comte de Paris (1838-1894) et épouse de son cousin germain Jean duc de Guise (1874-1940), fils de son oncle Robert, le duc de Chartres. « Cet endroit ne me laisse que des souvenirs délicieux », nous disait la princesse Hélène, comtesse Evrard de Limburg Stirum.


Passion musicale

« C’est là que par mon oncle Christophe de Grèce, j’ai aimé la musique et le piano dont il jouait délicatement. Je me souviens que pour dire bonsoir à mon grand-père, « Papa Jean », qui ne voulait pas descendre de ses deux mètres, on nous mettait debout sur son bureau. Puis il y a eut un tremblement de terre qui poussa notre père à venir nous chercher. Je lui ai demandé quand il y en aurait d’autres. Interloqué il m’a demandé pourquoi ? J’ai répondu que grâce à cela il était venu dans notre chambre à notre étage et nous avait pris dans ses bras. Enfin il y a avait ces dîners de quinze à vingt personnes chaque fois auxquels nous participions. On nous donnait des serviettes grandes comme des nappes (rires) ».

Le rêve allait être de courte durée. Au début de 1939, le château a été en grande partie vidé par les Guise sentant le vent tourner et repliés sur leur ferme de Larache au Maroc espagnol. Puis le manoir fut occupé pendant et après la guerre par la soldatesque. Ensuite il resta inhabité pendant dix mois. Le château eut donc à souffrir de cela mais il n’a guère changé depuis les photos anciennes qui montrent en ce 15 octobre 1934 la petite Hélène dans les bras de sa marraine la reine Astrid et près de son parrain Léopold III.


Fief des Madoux

La famille de France arriva ici après bien des hésitations. En effet, le duc d’Orléans (1869-1926), marié à une archiduchesse d’Autriche qu’il ne voyait guère, quitta l’Angleterre pour se rapprocher de la France. Il était prêt à acheter ou à louer un bien. Il visita les châteaux de Bestin, sur Resteigne, jadis au baron d’Hoogvorst propriétaire alors de Mirwart, Fraitière ?, Leefdael, le Steen à Elewijt, anciennement à Rubens. À Bassines il était à deux doigts de signer quand on lui signala le domaine de Putdael. « Ce fut le coup de foudre » dit Mme Gelders-Michel, auteur des « Saisons du Manoir d’Anjou » en 1989. Ce château de style néo-classique fut alors loué en 1913 auprès de la famille Madoux, avec neuf hectares de terrain, contre 20.000 francs par trimestre. Mais dès le 18 juillet 1914 et pour sortir d’indivision, il fut proposé au duc d’acheter l’ensemble, soit onze hectares. Monseigneur accepta. Le lot lui coûta 750.000 francs. Le duc prenait en location quatre hectares de prairies supplémentaires. Locataire, le duc avait déjà entrepris des travaux d’extension de la maison pour y disposer ses collections de meubles. Comme maître de céans, il obtint l’autorisation de construire un musée pour abriter ses collections d’animaux naturalisés. Après la guerre le duc fit don de cette collection à la Ville de Paris, signale le prince Michel de Grèce; elle a été complètement perdue par d’incroyables négligences, nous affirmait Mme Gelders. Le duc d’Orléans aménagea en plus un golf clos de murs, un parc à cerfs et quelques bricoles extravagantes comme trois garages pour autant d’automobiles. La duchesse de Guise, sœur du duc d’Orléans, avait eu l’ambition au début des années trente de démolir le manoir pour en reconstruire un autre plus grand afin de pouvoir accueillir la famille de Henri d’Orléans. Les plans de l’architecte Henry Lacoste (1885-1968) sont conservés aux A.A.M. à Bruxelles.


Un journal à succès

Le château actuel est le second connu en ces lieux. Il avait été érigé en trois étapes (1885, 1893 et 1900) par Alfred-Casimir Madoux, décédé en 1904, pour en user comme résidence de chasse. Alfred était le fils de Denis-Joseph, directeur-gérant puis propriétaire du quotidien « L’Étoile belge ». Ce journal avait été créé en 1850 par Marcellin Faure avec les sous des princes de Bourbon-Orléans, dont le duc d’Aumale, grand-oncle du duc d’Orléans précité, les Orléans avaient été boutés hors de France en 1848 à la suite de leur père le roi Louis-Philippe. Ce journal allait connaître un succès immense et faire la fortune des Madoux. Grâce à cela, ceux-ci achetèrent le domaine de Putdael, ancien nom donné à cette terre. L’achat des Madoux se fit par vente publique du 17 juin 1884. Les vendeurs étaient les héritiers de Julien-Alexis Delfosse, imprimeur lithograveur bruxellois.

Précieux achat

Ce dernier avait fait construire une jolie maison, une ferme et une cour dès 1848; il aménagea un potager, un verger et un étang alimenté sans doute par le Putdael. Les Delfosse vendaient 31 hectares. Pour les Madoux, l’affaire était précieuse car cela leur permettait de joindre deux domaines à savoir celui-ci avec celui du château des Orchidées à Auderghem, construit par Israël Lo Reiss et agrandi par le banquier Van Humbeek. Acheté par Alfred Madoux en 1878, ce territoire comptait 26 hectares. Alfred s’est donc retrouvé avec 57 hectares aux portes de Bruxelles, en ce compris la chapelle Sainte-Anne, actuellement laissée dans un abandon indigne et dangereux pour son intégrité. Mais Léopold II fit démembrer les domaines en créant l’avenue de Tervueren.


Terres de la Générale


Pour sa part, Delfosse s’était porté acquéreur du domaine de Putdael le 10 février 1846, en vente publique à la demande des héritiers du couple Joseph de Visser-Walraevens. Ces derniers, meuniers et distillateurs, avaient acheté leur lot à Philippe Servais un pharmacien bruxellois qui, lui, avait profité de la volonté de la Société Générale de vendre la forêt de Soignes près de 12.000 bonniers selon les sources; 6.500 ha selon d’autres, pour financer la reconstruction du pays dès 1832. Avant la Révolution française ces terres étaient d’abbaye. Elles sont donc revenues au service de Dieu et des hommes. Voilà pour l’histoire.

Quant au château lui-même il a conservé l’apparence que lui donna le duc d’Orléans, frère de la duchesse de Guise. La façade d’accès est un peu tarabiscotée et de style éclectique. On y trouve deux avancées à pignon plats terminés par des pinacles à gradins reliées par un portique. Celui-ci est centré sur un arc en plein cintre bordé de part et d’autre par trois baies à arcs surbaissés. La façade centrale est animée de quatre travées ornées de puissantes lucarnes à gradins. Divers éléments sans intérêt sont venus s’ajouter par la suite. La façade sud est par contre d’une facture très élégante et sobre. Refusant la mode de son temps, M. Madoux a choisi un style néo-classique proche des architectes Partoes et Suys. La demeure s’élève sur deux niveaux et demi. Le massif central est précédé d’une large terrasse et bordé d’appendices peu homogènes. Il est calé entre deux ailes en très légère avancée sommées de frontons triangulaires, posées sur une seule travée. Le corps de logis s’étire sur cinq travées. Le milieu est occupé par une avant-corps délicatement bombé. Les cinq travées sont sommées d’une balustrade. Les trois travées du centre sont en plus couronnées par un dôme à quatre pans animé de lucarnes et terminé par une terrasse. Voilà qui évoque le dôme du Palais royal de Bruxelles ou celui du palais de Tervueren.



SOURCES:
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 3, Editions Aparté, novembre 2004