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Bouvignes, une maison de maîtres de forges


Château Bouvignes - 5530 Yvoir



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  • © Philippe Farcy 18 juillet 2011

  • Carte postale ancienne, ed. Nels, série 2, n° 24



Nom Officiel Château Bouvignes
Localisation 5530 Yvoir
Construction
Style
Architecte
Occupants Château de Bouvignes s.a. (Jean-Pierre Lavry)
Affectation Résidence privée
Protection

Dernière mise à jour : 07/01/2013


Le château dit « Bouvignes » n'est pas dans ce village de Bouvignes qui compte la magnifique «Maison espagnole » comme parure principale à son chapelet de belles demeures. Le château« Bouvignes » est situé en plein coeur d'Yvoir car il y a plus de trois siècles on ne trouvait en ce hameau que prairies et vergers. L'une de ces prairies se nommait comme l'actuel château quand Yvoir dépendait de Poilvache. Le nom s 'est perpétué, mais des prairies il ne resta quasi rien.

Long corps étendu

La façade nord est parallèle à la route menant au château Dapsens, posté à moins d'un kilomètre en amont du Bocq. La façade donnant sur l'ouest longe la rue principale du village sur seulement quatre travées posées d'une manière asymétrique qui pourrait faire penser qu'il y eut un élargissement du bâti. La demeure est constituée pour l'essentiel de moellons de calcaire. D'autres pierres bleues bien taillées cette fois servent pour les encadrements de baies. Le château tout de blanc vêtu est construit à partir d'un long corps central qui semble sommeiller dans un écrin de verdure étroit mais profond, par endroit surprenant. Le corps central, daté de 1751 par ses ancres, étendu dans sa longueur, est calé entre deux éléments surhaussés. Il monte sur deux niveaux inégaux quand, sur la rue, la maison grimpe sur deux étages et demi, tout comme au massif oriental. L'ensemble de l'aile sud compte quand même douze fenêtres au niveau des chambres. Celles-ci se font remarquer par leurs volets pleins, alors qu'en partie inférieure les ouvertures sont plus irrégulières et moins nombreuses.

Tour plus ancienne ?

Revenons du côté de la rue où émerge une tour carrée terminée par un clocheton à bulbe posé sur un massif plus maigre que la tour; celle-ci sert pour l'escalier. Est-ce la tour que l'on aperçoit sur la planche des « Albums de Croÿ » ? Contre la tour, discrètement, une chapelle fait le dos rond. Elle a l'air ancienne, or elle a juste un peu plus de soixante ans. Avant cela il y avait une porte qui menait vers le cabinet d'un médecin. On accède à la cour d'entrée par un porche baroque d'esprit lointainement mosan qui tient à la demeure par une annexe. L'apparence de la demeure tient plus d'une rigueur traditionnelle mosane que d'une volonté de jouer sur des effets décoratifs typiques du XVIIIe siècle; les lignes droites dominent. Les courbes sont rares. Or, ce qui est évident pour l'intérieur est toutefois contrebalancé par des décors intérieurs très élégants et homogènes, inscrits dans des salons petits, chaleureux et dans le meilleur jus des styles Louis XV et Louis XVI. Le château « Bouvignes » se révèle donc comme une demeure complexe mais cohérente, variée et subtile. Elle montre que les entrepreneurs de jadis savaient marier art de vivre et sens du travail.

Moreau-Misson

Il faut dire ensuite que « Bouvignes » a connu pas mal de changements de propriétaires, ce qui n'a pas empêché la demeure de garder le cap de son authenticité. Jean-Pierre Lavry son actuel détenteur, nous a énoncé la dévolution de ce domaine voulu par un de ces nombreux maîtres de forges qui allaient faire la gloire des sillons de Meuse, Sambre, Hoyoux et Vesdre, surtout au XIXe siècle. La plus ancienne source cite le maître de forges André-Joseph de Moreau (1701-1757). La branche d'Yvoir est cousine de celle d'Andoy toujours existante. André-Joseph et Marie-Adrienne Misson, fille d'un autre maître de forges, eurent semble-t-il un fils Charles, né en 1740, devenu lui aussi maître de forges en 1770; il allait épouser une de ses cousines, Anne-Marie Misson. Les Misson, étaient à Yvoir avant les Moreau et leur « château » est l'actuelle maison communale. Il se peut donc que « Bouvignes » ait été construit sur une terre des Misson, vu la proximité des lieux. La troisième génération est tenue par Alexandre-Fidèle-Constant de Moreau (1787-1815). Lui il fabriquait des boulets. On conserve dans la maison son laisser-passer de 1808 lui permettant de se rendre à Paris, Anvers et Lyon, pour y faire commerce. Son épouse était Florence de Patin, native de Langemarck, au nord de Ypres. Ils eurent trois enfants, Eulalie, Charlotte qui épousa en mai 1837 Ernest de Gaiffier d'Emeville et Joseph qui sera mayeur d'Yvoir.

Incurie

Après son veuvage Madame se remit en selle avec le sieur Auguste Diericx de Tenham, futur bourgmestre d'Yvoir, qui prit une partie du parc pour construire une maison communale, vers 1820-25, dans le plus pur style Empire. Cette délicate demeure, offerte à la cité fut détruite par la dite cité vers 1975 après que le bien eut été vendu au Crédit Communal. A la place d'un bijoux on mit une vulgaire villa qui est un non sens esthétique au coeur du village. Ahhhh l'incurie !!! Diericx construisit aussi une famille et trois bambins vinrent couronner son union avec Dame Patin dont Jean-Baptiste, chevalier Diericx d'Oordeghem, qui épousa le 6 mai 1851 Adolphine de Villenfagne de Sorinnes, fille de Jean-Ignace et de Pauline de Robaulx de Soumoy. Les Robaulx étaient maîtres de forges. En 1867, les deux filles aînées héritèrent. Mais en 1875, on organisa une vente publique du domaine pour une raison inconnue. Il y avait deux lots prévus. Le château et ses jardins d'une part puis les toiles peintes du salon d'autre part. Heureusement, le vicomte Ernest de Gaiffier d'Emeville racheta le tout. Mais le pauvre Ernest allait retourner au Père trop tôt, laissant huit enfants. Et dès 1882« Bouvignes » fut à vendre. Alfred Dapsens, célèbre tournaisien qui vint à Yvoir pour commencer l'exploitation des carrières, acheta l'immeuble et ses alentours. Les lieux lui ouvraient une voie vers la Meuse et le chemin de fer récent. Dapsens utilisa une partie du parc pour construire une gendarmerie. Rien de tel pour surveiller ses 600 ouvriers. La maison elle, serait louée.

Une âme plane

Puis vendue, très vite, dès 1889 au docteur Cuissez qui la céda à nouveau en 1895 à son collègue Baudart. Sa descendance y resta jusqu'en 1945. Arriva alors le docteur Thirionet, de Liège qui y consentit des frais considérables de plus d'un million de francs. Le docteur, parent du célèbre libraire de la rue de la Croix à Namur, décéda en 1974. Il avait fait don du bien à la Province de Namur qui y fit des aménagements de confort (chauffage central généralisé), mais n'y prêta guère d'autres attentions. Une clause imposait pourtant une affectation publique. Faute d'y répondre, une vente eut lieu en décembre 1991 et une parente du docteur Thirionet, Andrée-Marie-Louise Kollasce, (d'origine tchèque), connue sous le nom de « Malou » acheta le domaine. Elle le fit avec son mari Jean-Pierre Lavry, antiquaire.

« Bouvignes » après de nouveaux travaux retrouva toute son âme, même si trop tôt « Malou » rendit la sienne à Dieu. Son esprit est toujours là, son ombre plane, comme plane son amour des jardins à travers les trois enclos par elle recomposés qui sont des îlots de douceur qu'aucun bruit ne dérange.

On ne visite pas. Le bien n'est pas classé.


SOURCES:
Philippe Farcy, Châteaux et manoirs de charme en Belgique, Editions Aparté, novembre 2008 


HOMONYMIE:
Château de Bouvignes-sur-Meuse, 5500 Bouvignes-sur-Meuse (Dinant)