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Méan-Selys, pour un même combat


Hôtel de Méan - 4000 Liège



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  • © Philippe Farcy

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Nom Officiel Hôtel de Méan
Localisation 4000 Liège
Construction XVe siècle; 1620
Style
Architecte Vers 1904: Edmond Jamar
Occupants Crowne Plaza Liège "Les Comtes de Méan"
Affectation Hôtel
Protection

Dernière mise à jour : 03/01/2013


A Liège, l’incroyable est arrivé. Grâce à un investisseur privé, les deux hôtels de Méan, passés aux Selys puis aux Moffarts, d’une part, aux Copis, Chestret et d’Andrimont d’autre part, ont été sauvés. Miracle.

La saga du Mont-Saint-Martin à Liège est enfin terminée depuis la fin mai 2011. Comme pour les travaux de la place Saint-Lambert en la même cité, il aura fallut attendre près de trente ans pour voir aboutir un projet cohérent. Ici on frise la quarantaine, car depuis 1973, pour ces deux hôtels de maîtres qui surplombaient jadis la Meuse, ce fut la galère. Cela fait quelques semaines que Liège peut se réjouir de voir vivre deux hôtels de maître de très grande qualité, transformé en un hôtel de grand luxe sans doute puisqu’il a reçu cinq étoiles. Que Monsieur Martin, grand financier français qui possède des intérêts dans l’hôtellerie (chaînes InterContinental et Crowne Plazza) viennent à Liège risquer entre 30 et 40 millions d’euros aux pieds de la basilique Saint-Martin tient donc du rêve éveillé et peut-être d’un signe céleste. Cela avait d’ailleurs donné lieu lors d’une conférence de presse le 31 mai 2006 à un jeu de mot de la part de l’échevin Michel Firket : « tout ceci tient de l’Ovni ; c’est une œuvre vraiment nouvelle et innovante ».

Il y a sur ce site deux demeures distinctes mais qui aboutirent au XVIIe siècle à la famille des comtes de Méan ; laquelle famille donna le dernier prince-évêque à Liège et le premier primat de Belgique. L’acquisition effectuée par M. Martin remet donc en communauté les deux demeures. Commençons par l’histoire, en soulignant que l’on est sur une zone appuyée sur les murs d’enceinte du temps de Notger. La Meuse coulait en contrebas. Le quartier de Saint-Martin-au-Mont comme on disait jadis devint au XVe siècle le plus prisé de la ville tant les vues étaient magnifiques et l’éloignement des masses populaires salutaires.


Hôtel de Méan

Pour faire très bref, commençons par le n° 13, dit hôtel de Méan. C’est par lui que l’on accède au complexe hôtelier. Ce n° 13 vient de loin, très loin, à tout point de vue.
L’historique a été dressé par Ch.J. Comhaire, écrivain liégeois en 1924 quand cette partie était occupée par le « Home des Invalides », ce qui permit d‘y recevoir la reine Elisabeth. Le roi Baudouin y passa aussi quelques heures lors de sa Joyeuse Entrée. La Fédération nationale des Invalides avait acheté cette maison au début du siècle passé pour l'équivalent de 186.000 € versés aux héritiers d’Adolphe Eymael, industriel liégeois. Celui-ci l’avait acheté en deux ventes publiques aux héritiers de Julien d’Andrimont (1834-1891), deux fois mayeur de Liège, sénateur et défenseur du wallon (face à une francisation forcée). Julien se lia d’amitié avec Léonie de Chestret , douairière du baron de Waha, fondatrice du lycée bien connu à Liège. Léonie et Julien avaient reçu cette demeure le 15 juin 1877 de la part de la baronne Philippe de Woelmont, née Sylvie baronne de Copis. Elle était l’héritière des Méan par sa mère. Le dernier Méan propriétaire de cet endroit fut son grand-père, Eugène-François (1789-1876). Celui-ci transforma l’édifice ancien vers 1853 et y installa en 1878 la salle de bal qui devait servir la chorale « La Légia » qu’il avait fondée.

En descendant dans le temps, on sait que lors de la Révolution, l’hôtel servit au Conseil de Surveillance et de passeport. Eugène-François de Méan, alors propriétaire, était l’héritier d’une longue suite de Méan dont le premier acheta le bien dans la seconde moitié du XVIIe siècle à la princesse de Barbençon, sans doute Marie-Claire de Nassau-Siegen, épouse du 2e prince de Ligne, Albert-Henri (1615-1641)), ou à ses héritiers. La présence des Ligne est cohérente en ces lieux car avant eux ce qui était alors un palais appartenait à leurs cousins La Marck-Arenberg qui avaient reconstruit la demeure après le sac de Liège en 1468. Sur la base de soutènement de l’édifice et aux arcades qui donnent accès à la brasserie de l'hôtel, on trouve des blasons d’alliances La Marck-Barbençon. Avant les La Marck, les lieux furent aux mains des d'Argenteau d’Esneux et aux Montenaecken (qui étaient une branche des Renesse). La cour d’accès à rue était jadis fermée. Son aspect Louis XVI date des travaux de 1878.



Hôtel de Selys

Quant à la demeure des 9-11, elle est moins connue sur le plan de la dévolution. Le baron Stanislas de Moffarts d’Houchenée nous disait que le bien était aux mains des du Vivier qui le léguèrent aux Méan au milieu du XVIIIe siècle. Les Méan, réunirent les deux demeures, mais louèrent le 9-11 au général d’Andelot dès 1758. Sans doute s’agissait-il d’Adrien-Théodore (1721-1782), baron de Saffre, vicomte de Looz, naturalisé français en 1747. Il fut fait chevalier de l'Ordre de Saint-Louis. Il était l’époux depuis le 27 novembre 1754 de Marie-Anne de Blankart d’Alstorff (d'où un lien avec le château de Lexhy). Ils eurent six enfants ce qui donna des alliances avec les Geloes et les Woelmont, entre autres, créant ainsi un lien direct avec les châteaux d’Arville, d’Eysden, de Brumagne, de Frocourt, de Soiron….

A la Révolution on installa aux 9-11 une imprimerie gérée par le citoyen Leruite. Puis César-Constantin de Méan, frère du prince-évêque revint de l’exil et habita en ce lieu, avec son dit-frère évêque qui attendit de devenir primat de Belgique en 1831, ce qui lui vaut d'être enterré en la cathédrale Saint-Rombaut de Malines dans un très beau monument sculpté dans le marbre par Geefs. La baronne de Copis déjà mentionnée loua ou vendit cette partie au général Brixhe. Puis celui-ci ou plutôt sa descendance le vendit vers 1904 au baron Maurice de Selys-Longchamps (1876-1960) qui possédait le château de Faulx-les-Tombes. Le baron Maurice consentit lui aussi d’importants travaux avec l’aide de l’architecte liégeois Edmond Jamar. La dernière personne à avoir vécu ici est la petite-fille de Maurice, la baronne Marie-Noël de Moffarts, vicomtesse Simonis.

Visites évidemment très souhaitées. La décoration a été assurée par Eric Goffin.


SOURCES:
Philippe Farcy, Méan-Selys, pour un même combat, La Libre Belgique, Vie de Château 586


HOMONYMIE:
Château de Méan, 4671 Saive (Blégny)