FR - NL - EN
ACCUEIL AGENDA CONTACTEZ-NOUS FAQ CONNEXION CHÂTELAINS

Sclessin, entre scène et Meuse


Château de Sclessin - 4000 Liège



Contacter

Catégorie : Informations Business Evénements
Prénom
Nom
E-mail
Téléphone
Veuillez écrire CASTLE dans le champ ci-dessous:

  • Sclessin est rougi par les hauts fourneaux d’Arcelor. Privé de tout (parc et communs), il conserve quand même de la prestance. Des amoureux de théâtre l’ont récemment sauvé. © Philippe Farcy

  • Vous êtes ici sur les territoires des Comtes de Berloz. Gérard de Berloz était l'un des derniers guerriers portant l'étendard de la cité de Liège.

  • Le Théâtre de l'Aléna, est situé dans l'ancienne salle de bal du Château de Sclessin Ce patrimoine liégeois, datant du 17ème siècle, a été restauré dans un but d'émancipation théâtrale et de sauvegarde architecturale. La fleur de lys est pour nous, l'emblème de la création universelle et de la puissance artistique.

  • © Philippe Farcy octobre 2008

  • © Philippe Farcy octobre 2008

  • © Philippe Farcy

  • © Philippe Farcy



Nom Officiel Château de Sclessin
Localisation 4000 Liège
Construction Début du XVIIe siècle; fin du XIXe siècle
Style Louis XIV
Architecte
Occupants Ville de Liège: Centre Antoine Vitez
Affectation Centre Antoine Vitez, école des arts de la scène
Protection Bien non classé

Dernière mise à jour : 20/06/2014


Posté à front de Meuse, le château des Berlo est misérablement oublié par la Ville de Liège.


À une encablure du château de Beaumont, le château de Sclessin a toujours été posé face au fleuve sur sa rive gauche. Comme à Seraing, le monde industriel du XIXe siècle a saccagé l’esprit élégiaque des paysages de jadis quand la vallée dans son agréable largeur laissait la place aux champs et aux vergers.

La gravure de Remacle Leloup montre déjà les deux pavillons latéraux; à ce moment ils sont encore assortis chacun d’une tour carrée sans toit. À ce site agreste, il faut dire adieu. Désormais, au cours de l’eau qui file vers la mer, répond le flot tout aussi incessant des automobiles qui filent en sens divers. Le château « jouit » d’une plage de trois bandes de circulation et en guise de balustrade un épais mur de béton barre son horizon. En face, les hauts fourneaux d’Arcelor crachent leurs fumées. Derrière le château, ce ne sont plus que maisons et épaves industrielles. Adieu la chapelle, adieu la ferme, le parc et le potager. De plus, la pollution de l’air atteint ici des sommets et il faut bien regarder l’élévation pour se rendre compte que le château est construit de briques et de pierre bleue. Comme une vieille dame trop poudrée, son visage est celui de la rouille, ses habits sont ceux de la houille.


Décors saccagés


Depuis 1977, le château appartient à la ville de Liège. Rénové au début des années 1970 par l’entité de Ougrée-Sclessin, la Cité ardente faillit démolir l’édifice vers 1989 car il lui coûtait trop cher à l’entretien. La demeure fut désaffectée et laissée vide. L’implication municipale s’explique car ce qui restait du domaine avait été acheté par la commune de Sclessin en 1913. En 1914 on y installa une école. Elle y resta jusqu’en 1970. Dans le parc, on construisit dans les années trente des bâtiments scolaires de belle qualité de style Art déco. Ils sont toujours là dans un état second. La rénovation précitée du château fut l’occasion de saccager les décors anciens. Escaliers, boiseries, lambris furent remplacés par du matériel de style bureau de poste. Après la fusion, la demeure fut assez vite désaffectée.



Un comédien clairvoyant


Laissée vide, squattée, devenue le centre d’un trafic de « bagnoles », dépouillée à nouveau de ses ornements, il fallut attendre un jour de 1994 quand, sous l’impulsion d’Alain Beaufort, le destin de la maison changea de sens. Alors un groupe de comédiens de théâtre décida d’investir les lieux, du temps, de l’argent, de la force physique et de l’enthousiasme pour y fonder une troupe tout en sauvant ce fantôme du patrimoine. Le Centre Antoine Vitez est son nom. La troupe  y est encore, comme un gage de vitalité face à l’indifférence des pouvoirs publics liégeois qui ne défendent la culture que quand elle fait parler d’eux. Sclessin revit pour la beauté de l’esprit face à l’incurie et la misère des petits profits.



Fief des Berlo


Pardon de n’avoir encore évoqué qu’un siècle. Le château en avait supporté sept autres avec moins d’outrages. Depuis le XIIIe siècle et jusqu’à la Révolution française, le domaine de Sclessin était l’un des fiefs principaux des seigneurs de Berlo. Les Berlo, chevaliers, barons puis comtes du Saint-Empire, possédèrent le château de Chokier de 1639 à l’an 1800 et celui de Lavaux-Sainte-Anne. Leurs héritiers possèdent toujours le château de Berlo près de Waremme. Les travaux de J. Schaus et E. Degey et ceux de F. Dumont permettent de retracer l’histoire de Sclessin, fief important, territoire des abbés de Stavelot pour partie (jusqu’en 1768 quand cette terre fut contrôlée par Liège qui donna Anthisnes et Vien en échange) alors que les avoués dépendirent du comté de Looz puis de Liège. Le rôle politique des Berlo fut considérable. Il est malheureusement impossible de le retracer ici, comme d’évoquer leurs alliances superbes (Hamal, Oyembrugge, Cortenbach, Merode...).



Passé aux Sauvage


En 1808, le château est signalé entre les mains de la famille de Sauvage. Celle-ci opéra des travaux d’embellissement. Les Sauvage joignirent les deux pavillons par trois travées dont celle du centre est en fort ressaut. Le fronton supérieur est brisé et sommé d’un cartouche au chiffre mêlé SN, sans doute Sauvage-Nagelmackers. Ceux-ci créèrent un salon d’hiver au nord derrière une belle suite de six colonnes à chapiteaux ioniques. La façade sur cour possède en son centre en retrait un bel accès en arc en plein cintre à bois rayonnants. Les anciens éléments datent du comte François-Ferdinand de Berlo qui décéda en 1713. Chaque pavillon s’étire sur quatre travées vers la Meuse et autant sur leurs côtés. Les arêtes des façades sont chaînées partout. On remarquera les puissants bossages des piédroits chaînés. L’édifice monte sur trois niveaux inégaux. Le premier sert de hautes caves. Le deuxième est le bel étage tandis que le troisième abritait les chambres. Les toitures mansardées sont en pavillon et avec cette particularité de présenter trois niveaux en retrait. Des lucarnes éclairent les greniers. On signalera encore que c’est ici que le F.C. Liège établit ses pénates vers 1893 et que les pelouses du parc servirent de terrains d’entraînement lors du premier championnat de Belgique. Les sous-sols du château sont par ailleurs truffés de cellules de prisons aménagées pour la Coupe d’Europe de Football en 1998.

Visites très souhaitées. 


SOURCES:
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 3, Editions Aparté, novembre 2004