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Seraing-le-Château, fief des la Marck, en ses habits de suie


Château de Seraing-le-Château - 4537 Seraing-le-Château (Verlaine)



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  • Privé de toiture par un marchand de bois, privé d’existence par un feu dévorant, Seraing-le-Château peut-il survivre ? © Philippe Farcy

  • À ne regarder que cette tour, on croirait que la demeure est intacte. © Philippe Farcy

  • Les murs en moellons sont parfois décorés des armoiries Hamal ajoutées au XIXe siècle. L’entrée vers la cour d’honneur s’effectue par un pont dormant cerné par deux tours et barré par un châtelet. © Philippe Farcy

  • © Philippe Farcy

  • Spectacle affligeant. Il ne reste rien du château que des murs fragilisés et des baies romantiques aux encadrements éclatés. Remonter tout cela ? Une gageure. © Philippe Farcy



Nom Officiel Château de Seraing-le-Château
Localisation 4537 Seraing-le-Château (Verlaine)
Construction Du XIIIe au XXe siècle
Style Château-fort
Architecte Inconnu; XIXe siècle: Paul Demany
Occupants
Affectation Résidence privée
Protection Bien non classé

Dernière mise à jour : 04/01/2013


Cette importante bâtisse féodale remaniée au XIXe siècle pourra-t-elle survivre au feu de novembre 2003 ?


Le château fort de Seraing-le-Château a brûlé à la fin de novembre 2003. Malgré son ancienneté et son grand intérêt architectural et historique il n’est pas classé. Son propriétaire actuel, M. Moers résidant à Alost, espérait un jour le restaurer. Les bâtiments en U ont désormais perdu toutes leurs structures intérieures du côté ouest de la cour. Il ne reste que les murs extérieurs, presque intacts, mais sans doute fragilisés par la chaleur. Le feu aurait été provoqué par un court-circuit, comme cela s’était produit à Brumagne.


Rareté


Dans le patrimoine liégeois, les châteaux forts non encore en état de ruine ne sont guère nombreux. Seraing-le-Château, même remanié après 1869 par l’architecte liégeois Demany qui fut l’édificateur du château de style Tudor de Jenneret démoli vers 1980, fait partie de ceux-là. Demany était intervenu ici quand le château brûla par une sinistre nuit de la Saint-Sylvestre de 1868 à 1869. En Hesbaye, la forteresse de Fallais sur les ruines de Seraing gagne une triste partie là où le patrimoine liégeois en perd une autre. À présent, Seraing n’a plus que ses lambeaux de murs érigés de manière très homogène en moellons de grès pour pleurer sur son triste sort. Le corps de logis a perdu sa toiture et ses planchers. Les autres éléments de l’édifice (extrémités des ailes, tour carrée et tour ronde ceignant le porche d’accès) qui étaient depuis les années 1950 privés de couverture semblent ne pas avoir souffert. Seraing ressemble désormais à La Neuville-en-Condroz.

M. Pauly, voisin du château de Seraing, exploitant de la ferme du château et fabricant de crème glacée, nous disait que le château avait été restauré juste avant les années 1950 par la famille des barons de Radzitzky d’Ostrowick. Le baron Ivan (1892-1975), conservateur à l’Université de Liège, qui n’eut point d’enfant de son union avec la comtesse Jacqueline de T’Serclaes de Wommersom, fut le dernier habitant réel de cette demeure. Il résidait à Out’si Plou (Esneux). Les toitures de Seraing avaient été totalement renouvelées par son père le baron Charles, alors qu’il résidait à Verdenne depuis 1923. Le baron Albert de Radzitzky d’Ostrowick, fils de Charles nous disait que son père « avait reçu Seraing par la volonté de sa mère, mais contre son gré et hors part. Le château était entouré de son étang et de 25 hectares; mon père l’a loué aux Dames du Berlaymont. Au début des années 1950, Charles a finalement vendu Seraing à un monsieur Dubois, industriel des environs de Trazegnies qui voulait s’y installer en lui certifiant qu’il entretiendrait l’endroit à la perfection. Ce monsieur Dubois a payé deux millions et a coupé les plus beaux arbres du parc », ajoutait avec tristesse le baron Albert.

Le baron Stanislas de Radzitzky d’Ostrowick nous apprenait par ailleurs que le château et son mobilier furent offerts en vente publique les 4 et 5 mai 1953, sans doute par M. Dubois. La mise à prix du château qui n’était plus accompagné que de deux petits hectares était de 350.000 francs. Le notaire le Maire de Verlaine officiait. Le lot fut acheté par la Compagnie forestière et foncière des Flandres contre la somme de 950.000 francs, pour le château et le terrain.


Marchand de biens

Le donjon (ouest) possédait sa haute toiture en bâtière sommée d’une crète en fer forgé. La tour du nord était couverte en poivrière à six pans. Celle posée à gauche du porche possédait une couverture brisée, pyramidale puis hexagonale. Désormais il ne reste rien de cela, mais le feu n’est pas la cause de tant de malheurs. Quand le baron Charles vendit, tout était impeccable. L’acheteur trouva rapidement un autre amateur et celui-ci décida de se refaire financièrement avec des éléments du château. Il vendit les toitures et créa des toits plats. Les décors les plus intéressants furent cédés, comme des pierres armoriées que l’on retrouvent en partie au château de Saulchoir à Soignies et d’autres vers Ampsin par exemple. Par bonheur, l’abbé V. Struyver racheta le domaine vers 1960 et devint pour Liège ce que le chanoine Puissant était au Hainaut. Après l’abbé, un de ses neveux reprit le bien puis il le vendit à un de ses cousins, actuel propriétaire.


Jeu de mariages

Les Radzitzky étaient arrivés ici par le mariage du (premier) baron prénommé Victor (1857-1923) uni avec Fanny de Laminne de Bex (1859-1938), fille d’Adolphe (1825-1908) et de Caroline de Potesta (1831-1900). Quant aux de Laminne, ils avaient acquis le domaine en 1862 de Louis-Joseph, comte de Hamal. Le comte était à court d’argent. Il était aussi le frère de la comtesse Théodore d’Oultremont. Ce Louis-Joseph avait fait une mésalliance en épousant Marie Dubois. Il fit aussi de mauvaises affaires d’où la vente de 1862. Deux ans plus tard, son fils Louis-François épousa Agathe, fille du marquis de Valanglart (Normandie) et héritière du château du Titre. Les Hamal étaient repartis sur de bonnes bases... avant de s’éteindre. Pour remonter le temps, signalons que Madame d’Oultremont avait acheté le château de Seraing en 1812 peut-être directement à la duchesse Charles d’Arenberg (duc d’Arschot et prince de Croÿ; Enghien, 1721-1778), née Louise-Marguerite, comtesse de la Marck de Schleiden (Paris 1730 - Héverlé 1820), dernière dame de Seraing. Marie-Claire de Hamal était la sœur de Ferdinand-François de Hamal, époux de la dernière comtesse de Horion de Colonster.



Deux maris et deux veuvages


Elle était de même la sœur de la marquise d’Yve alors propriétaires du château de Walzin, de la comtesse de Berlo-Suys (Chokier) et de la marquise de Fresnel. Elle était la fille de Benoît-Albert de Hamal, cadet de la branche de Vierves et de Marie-Marguerite, comtesse de Hamal de Focant. Elle épousa successivement en 1806 Charles-Joseph, comte d’Oultremont de Warfusée, puis en 1810 son beau-frère Théodore d’Oultremont, dernier de la branche aînée, qui mourut quelques jours plus tard en lui léguant toute la fortune de sa famille. Elle rendit par la suite les nombreux biens des d’Oultremont à la branche cadette dont descend toute la famille actuelle mais en réservant Seraing-le-Château et quelques terres à son frère Louis-Joseph, comte de Hamal, cité plus haut.


En remontant l’historique


Si la terre est déjà citée en 956, le donjon n’est pas tracé par les documents avant 1304. Stanislas Bormans en 1867 donne comme premier seigneur en 1425 Jehan dele Marche (Marck), fils d’Evrard, sire d’Arreberg (Arenberg ?) et de Noefcastail (Neufchâteau ?). Le bien fut ensuite relevé par les d’Oultremont puis par deux générations de seigneurs de Dongelberg. Tous ces gens étaient de proches cousins. En 1477, le prince-évêque de Liège qui avait racheté Seraing à Godefroid de Marneffe, le donna à Guillaume de la Marck, fils du seigneur d’Aigremont et de Lummen. En 1568, eut lieu ici une bataille entre les la Marck et les soldats du prince-évêque de Groesbeeck. Le château fut saisi en 1569 puis restitué aux la Marck en 1574. Seraing sera un des fiefs principaux de cette illustre famille des comtes de la Marck, comtes de Manderscheid, barons de Seraing-le-Château, seigneurs de Schleiden, Kerpen, Lapphenbourgh, Hoepertingen et Cronenburg. En 1662, par le jeu des alliances, le bien est relevé par François-Egon, comte de Furstenberg (landgrave de Bar) et par Ferdinand, comte de Leuwenstein-Wertheim, seigneur de Rochefort et Montagu, Chassepierre et Auby (Bertrix). En 1707, le bien était aux mains du baron de Moreau d’Hermalle, vicomte de Clermont. En 1708, il fut finalement repris par les la Marck à travers le comte Louis-Pierre.

On ne visite pas. Le château abandonné se voit de la route.


SOURCES
:
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 3, Editions Aparté, novembre 2004 
Stanislas Bormans, Les Seigneuries allodiales du Pays de Liège, avec une introduction historique, J. Gothier 1867