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Ceinturés d'épines, les Épioux vivent un calvaire


Château des Epioux - 6821 Lacuisine (Florenville)



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  • Le site est remarquable aux Epioux. Un immense étang ponctue l’arrivée au domaine après avoir traversé des bois immenses. © Philippe Farcy

  • À vingt mètres derrière l’objectif et mal enterrée court une ligne de chemin de fer pour trains de marchandises. © Philippe Farcy

  • La cour d’honneur ou d’horreur des Epioux n’est qu’un avant goût de la dégradation des lieux. © Philippe Farcy

  • © Philippe Farcy

  • Les lieux respirent le calme et la sérénité. Dommage qu’il y ait là un tel laissé aller. © Philippe Farcy



Nom Officiel Château des Epioux
Localisation 6821 Lacuisine (Florenville)
Construction 1650; 1730; 1878
Style Traditionnel
Architecte
Occupants Domaine des Epioux (Commission d'Assistance Publique ou CPAS de Mons)
Affectation Sans affectation
Protection Site classé le 1er septembre 1997

Dernière mise à jour : 12/01/2013


Un château dans un état « épiouvantable »...


Dans les forêts immenses de Chiny et d’Herbeumont non loin de Florenville, au milieu des sapins, les Épioux demeurent un superbe écrin de verdure. On évoquait jadis deux Épioux. Ici il s’agissait de la partie haute (383 m). Les Épioux-bas (310 m) étaient constitués de la Forge-Roussel, proche de la Semois. Le passé des Épioux fut dense, laborieux et riche. Son présent est triste et pitoyable. On ne se doute pas en arrivant dans ce site remarquable et classé que ponctue un grand étang de 12 ha de la misère qui règne. Les Épioux ne vivent encore que par l’abnégation des concierges qui s’y trouvent : ils se nomment Brigitte Schmit et Philippe Degrez.


Pour le reste, les Épioux sont morts un peu à cause du percement ancien d’une ligne pour trains de marchandises à trente mètres des façades arrières. Ils sont morts beaucoup à cause d’un manque cruel d’imagination depuis que le Centre Public d'Action Sociale (CPAS) de Mons l’a mis en location emphythéotique en faveur de la province du Luxembourg en 1977. En 2007 le château et les 1.700 ha seront à vendre; ils le sont déjà à dire vrai. On en demande 25 millions d’euros. La v lle de Mons en est propriétaire via son CPAS dirigé par M. Barvais depuis qu’un mécène Victor-Louis-Auguste Dejardin (1830-1915) donna à sa ville un domaine extraordinaire de 1.721 ha. Quel cadeau ! D’après René Bougard, entre 1945 et 1986 les revenus des coupes, des chasses et de la location du château ont générés pas moins de 290.645.288 francs belges, soit plus de sept millions de francs belges par an. Mais le château ne profite pas de cette manne depuis trop longtemps.



Fortune et infortune du fer

Le domaine ne mérite pourtant pas tant de mépris. On sait que la région Etalle-Chiny-Virton occupait en 1574 pas moins de 52 usines métallurgiques. Si les Épioux arrêtèrent leurs activités de fer en 1835, les scieries continuèrent d’employer une foule d’ouvriers. Il y eut aussi des gens importants. On sait en effet que Madame de Moustier, dame du Pont d’Oye, née Jeanne Petit était propriétaire des forges aux Épioux. Elle est décédée vers 1661-1663 et elle était veuve depuis 1642 de Pierre de Moustier, originaire de Chimay. Pierre de Moustier louait les forges du Prince à Habay, que sa veuve achètera plus tard en 1656. Il exploitait celles de Mellier (reprises plus tard par le duc de Looz-Corswarem, créancier et seigneur de Sainte-Marie), de Chameleux et du Pont d’Oye, plus le fourneau David à Châtillon. Madame de Moustier laissa ses biens à sa petite-fille Jeanne-Ersile de Montecucolli, morte le 13 mai 1713, épouse de Giacomo de Raggi, notable génois.

Le fils de ceux-ci, François-Laurent (Bruxelles 1666 – Habay 1742), marquis de Raggi, hérita du domaine des Épioux, de celui du Pont d’Oye, devenu un marquisat le 9 février 1669, et du fourneau de Luxeroth. Il reprenait en plus les seigneuries de Thiaumont et de Post-Schadeck. Outre un général célèbre au service des Habsbourg, les comtes de Montecuccolli (de Ferrare) laissèrent à la couronne de France un triste souvenir en la personne de Sébastien qui aurait le 15 août 1535 assassiné par empoisonnement le fils du roi François Ier. François, duc d’Orléans, mourut d’avoir bu de l’eau trop froide après un effort physique. Sébastien fut écartelé à Lyon en 1536. Tandel signale qu’à la fin du XVIIIe siècle puis dans la première moitié du XIXe siècle, les Épioux étaient activés par parfois plus de 200 ouvriers sous la direction du fils de la marquise du Pont d’Oye puis sous les ordres des sieurs Devillez, originaires de Bazeilles. En réalité, le dernier marquis de Raggi mort à Habay en mai 1742, adopta Charles-Christophe du Bost-Moulin, né en mai 1714. Il était le fils du seigneur d’Esch-sur-Sûre et frère de la maréchale, comtesse de Chanclos. Il devint marquis du Pont d’Oye et épousa en mai 1742 à Lunéville la fameuse et dépensière Louise de Lambertye. Il décéda quasi ruiné en 1785; elle l’avait précédé dans le tombeau en 1773.



Le prince Pierre Napoléon


En 1862, les Épioux entrèrent à nouveau dans l’histoire par l’arrivée du prince Pierre Napoléon (1815-1881), fils de Lucien, prince de Canino (1775-1840) et d’Alexandrine de Bleschamps (1778-1855) et par là, neveu de Napoléon Ier. Cousin de Napoléon III, l’empereur le remettra sur les rails de la fortune. Pierre allait acheter un hôtel de maître à Bruxelles, chaussée de Charleroi. Homme excentrique, député socialiste de Corse, il vivra d’exils après avoir poignardé un officier de la garde du Saint-Siège, et de pain noir.

D’abord dix ans locataire des d’Hoffschmidt en leur ferme de Mohimont (Daverdisse), il louera ensuite le château d’Orval de 1860 à 1862 avant d’acheter les Épioux, puis de louer la superbe maison Jacquet à Rochefort. À Orval, naquit sa fille Jeanne. Il avait déjà un fils prénommé Roland, né en 1858. Il s’en ira en 1924. La mère des enfants était Justine-Eléonore Ruffin (1832-1905), dite Nina, fille d’un fondeur parisien. C’est aux Épioux en 1863 que Pierre et Justine-Éléonore se marièrent. Leur fille Jeanne épousera Christian, comte de Villeneuve-Esclapon, marquis de Vence (1852-1931).

Ce sont les arrière-grands parents de Ghislain Prouvost, restaurateur du château de Drée, avant lui aux princes de Croÿ, en Bourgogne. Le marquis avait trois sœurs dont deux épousèrent deux membres de la famille namuroise des barons de Thysebaert; une troisième sœur fut unie à un comte de Villegas. Le fils de Pierre et de Nina, Roland, fut marié à la richissime Marie Blanc (1859-1882), fille de François et de Marie-Charlotte Hensel. François Blanc était le fondateur du casino de Monte-Carlo. Roland et Marie eurent une fille prénommée Marie; elle convolera avec le prince Georges de Grèce (1869-1987), oncle du prince Michel de Grèce, écrivain bien connu. Marie de Grèce (1882-1962) sera plus connue encore comme philosophe et amie très proche de Sigismond Freud. Les Grèce ont eu deux enfants : Pierre (1908-1980; sans descendance) et Eugénie (1910-1989), princesse Dominique Radziwill, divorcée et remariée au prince Raymond de Tour et Taxis, duc de Castel Duino, né d’une mère princesse de Ligne; dont descendance des deux lits. Forchies


Meurtre et désolation

Le 10 janvier 1870, le prince Pierre Bonaparte, sujet à des énervements considérables, tua dans le salon de sa maison de Paris le journaliste Victor Noir. Il l’occit comme il tirait les sangliers au château de Grandvoir (Neufchâteau) chez son ami Collard ou quand il fusillait les vaches de ses fermiers quand le cochon des bois se faisait rare. Grand seigneur, il payait les vaches au double de leur valeur. Puis il y eut Sedan et les soucis remontèrent comme la mérule quand elle prospère. Le prince mourut dans un certain dénuement le 9 août 1881 à Versailles.

Entretemps, les Épioux avaient été vendus à M. Roussille (liens avec Forchies ?) qui s’en défit en 1871 au profit de Louis Zoude, puissant industriel installé à Poix-Saint-Hubert. Le sieur Zoude exhaussa la tour. Il allait vendre le domaine le 21 juin 1887 à notre mécène montois Dejardin. Victor-Louis-Auguste Dejardin est né à 11h, le 14 août 1830 à Harmignies des œuvres de Bernardine Galot et de son père prénommé Léonard-Louis qui était propriétaire et bourgmestre à Harmignies. Victor-Louis-Auguste est décédé en sa demeure, rue de Mons à Harmignies, à 3h du matin le 5 mars 1915 . Il était célibataire.


Inondation


Il arriva un drame aux Épioux quand le 29 juillet 1888 la digue tenant l’étang céda. 800.000 mètres cubes d’eau dévalèrent vers la Semois, semant la désolation sur des milliers d’hectares. Cela coûta une fortune au sieur Dejardin qui échappa au pire car il n’y eut point mort d’homme. Sous la responsabilité de la ville de Mons, le château servit à diverses activités culturelles et d’hébergements. On y tourna en 1978 quelques scènes de « Préparez vos mouchoirs » un film de Bertrand Blier avec Miou-Miou, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere. Le château est distribué en U par des ailes d’inégales hauteurs et largeurs. Au centre émerge une tour carrée en hors-d’œuvre sommée d’un toit pyramidale clos par une terrasse. Les extrémités des ailes sont ornées de toitures en pavillon qui donnent un effet de tour. Les façades sont enduites mais crasseuses ce qui ajoute à la désolation.


Le château se voit de la rue.


SOURCES:
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 3, Editions Aparté, novembre 2004 
Emile Tandel, Les communes luxembourgeoises, 10 vol., Institut Archéologique du Luxembourg, rééd. 1889-1894