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La Lovie, un site exceptionnel au château oublié


Kasteel De Lovie - 8972 Proven (Poperinge)



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  • © Philippe Farcy

  • Posé sur une butte, le château en impose par sa massivité et sa richesse décorative © Philippe Farcy

  • Même les faces latérales sont abondamment ornées. En face du château, il s’en trouve un autre qui lui sert d’annexes assorti d’un joli pavillon circulaire à dix pans. © Philippe Farcy



Nom Officiel Kasteel De Lovie
Localisation 8972 Proven (Poperinge)
Construction 1856
Style Éclectique, néorenaissance italienne
Architecte Pierre-Nicolas Croquison (1806-1887)
Occupants De Lovie Centrum voor Personen met Verstandelijke Handicap v.z.w.
Affectation Institution pour personnes handicapées depuis 1960
Protection Bien classé en 2000 comme monument en ce compris cinq fabriques du parc

Dernière mise à jour : 04/01/2013


Voisinant avec de beaux bâtiments modernes construits pour de jeunes handicapés, le château est laissé pour compte.

Dans le périmètre de Poperinghe, le nombre des châteaux a fortement baissé suite au premier conflit mondial. Il en reste pourtant quelques uns et le plus majestueux d’entre eux est sans doute celui-ci, inscrit sur Proven et posé sur une butte dans un parc à l’anglaise de plus de 60 ha. Ce dernier est très bien replanté après avoir vu ses plus beaux spécimens éliminés par la firme immobilière Bernheim qui avait fait l’acquisition du site en 1926 et qui ne réussit à le revendre qu’en 1929. Il fallait se payer sur la bête... Les vendeurs d’alors étaient les dix enfants du comte Joseph de Brouchoven de Bergeyck (1874-1922), époux de la comtesse Marie Cornet d’Elzius de Peissant (1871-1923). Elle était la fille de Raymond et de la baronne Marguerite Whettnall et dès lors, petite-fille de Laurence Travers de Jevers, ce qui crée un lien direct avec le château de Nieuwenhoven à Melveren au Limbourg.


Conflits d’héritage

Joseph avait acheté le château en 1912 en vente publique après des conflits juridiques qui opposèrent les deux héritiers désignés par le commanditaire du château. Les dits héritiers étaient d’une part Florent Denut, disparu en 1904 et d’autre part le docteur Cortyl, mort en 1908. Ce dernier gérait ici une institution de soins pour cancéreux. Le docteur Cortyl était originaire de Belle, entre Boursin et Boulogne-sur-Mer. Il héritait du bien mais devait en laisser l’usufruit au sieur Denut qui était le premier secrétaire de Jules van Merris, né en 1831. Jules était échevin de Poperinghe de 1856 à 1899. Il mourut sans hoirs de son mariage avec Mlle Pauline van Outryve d’Ydewalle. Jules van Merris, fils de Joseph, mort en 1848, fit construire ce château en 1856 par l’architecte courtraisien Pierre-Nicolas Croquison (1806-1887).


Chantre du néogothique

Architecte de la ville de Courtrai dès 1848, Croquison le sera de sa province (Flandre occidentale) à partir de 1858, soutenu sans doute par son oncle (à la mode de Bretagne), le bourgmestre de Poperinghe (de 1833 à 1871) Charles van Renynghe de Voxvrie, arrière-arrière-grand-père du docteur Guy van Renynghe de Voxvrie. Charles était le cousin germain de Madame van Merris, mère de Jules, née Béatrice van Renynghe. Croquison collaborera peu de temps avec ses collègues Bethune et Pugin – à qui on doit le château de Lophem – sur le chantier de l’église de Dadizele, précise Thomas Coomans, auteur de livres récents et magistraux sur les abbayes de Villers-la-Ville et de la Ramée (Ed. Racine).

Après 1929, le domaine acheté par la province devint le siège du sanatorium Saint-Idesbald que visita la reine Elisabeth le 17 juillet 1932 quand Léon Bekaert était président. Depuis 1960, le bien a été repris par deux frères nés Van Dale. Le domaine reçoit 450 handicapés mentaux. L’architecte, qui était un chantre du style néogothique, s’est inspiré de grandes demeures italiennes mêlant les influences vénitiennes et florentines. Le classicisme issu de la Renaissance est ici de rigueur.


Luxe des décors extérieurs


Le bâtiment posé sur un très haut soubassement de caves en pierre bleue monte sur trois niveaux légèrement dégressifs. Les façades sont sans doute couvertes en pierre blanche de Baeleghem. Elles sont rythmées par des pilastres qui divisent les travées et qui montent sur chaque niveau en se rétrécissant. Les façades d’accès, principales par leurs dispositifs décoratifs, sont orientées au sud et au nord. Elles s’étirent sur neuf travées centrées sur un avant-corps de trois travées précédé par des escaliers jadis majestueux animés de lampadaires et d’un auvent au sud. Les avant-corps sont sommés chacun d’un fronton à œil-de-bœuf circulaire.

Les petites façades sont limitées à cinq travées mais, pour singulariser la travée centrale, P. N. Croquison a épaissi les pilastres et installé des colonnes engagées aux deux niveaux supérieurs. L’architecte qui eut toute liberté, a dessiné trois décors différents selon les niveaux en séparant ceux-ci par des frises sculptées scandées par de délicats balcons. Le rez est totalement agrémenté de refends. Le deuxième niveau est garni d’écoinçons panneautés et de carrés sur pointes. Le troisième niveau se veut plus simple. Ses baies sont rectangulaires alors que les autres sont en plein cintre. La toiture est en bâtière. Elle pose sur une large corniche à consoles.

Voilà une merveille du patrimoine belge du XIXe siècle qui manque de soins mais dont l’avenir est assuré. Le dossier de restauration est en chantier. Les travaux pourraient débuter vers 2008. Ce château vaut à sa mesure celui d’Argenteuil (anciennement aux Meeûs) et celui de La Closière à La Louvière, tel qu’il devait être sous les Boch. D’autant que l’intérieur est d’une richesse décorative exceptionnelle.



SOURCES:
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 4, Editions Aparté, novembre 2005 
Paul Arren, Van Kasteel naar Kasteel X,  Hobonia 2003
Sous la direction de Thomas Coomans, La Ramée. Une abbaye cistercienne en Brabant wallon, Éditions Racine, 2002