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Chimay, un château princier voué aux arts


Château de Chimay - 6460 Chimay



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  • © Philippe Farcy

  • Chimay vu depuis le parc anglais fait oublier qu’il est en ville. Vu d’en bas, le château prend de vraies allures de forteresse. © Philippe Farcy

  • © Philippe Farcy

  • Le château dans son évidente massivité défensive, est devenu un lieu éminemment culturel où la musique tient un rôle majeur © Philippe Farcy

  • Dans le parc anglais, se situe cette très belle ferme d’un seul niveau sous de larges toitures. C’est un endroit de grande sérénité. © Philippe Farcy

  • Timbre-poste, série Pour le Tourisme, 24 novembre 1973, dessin Herman Verbaere, gravure Jean de Vos, Catalogue Officiel de Timbres-Poste (COB) n° 1693

  • La salle à manger, carte postale, ed. Château de Chimay & Nels

  • Le tombeau du prince (Joseph II) de Chimay, ministre des Affaires étrangères et gouverneur du Hainaut, carte postale ancienne, ed. Ernult-Lebrun & Nels, série 114, n° 18



Nom Officiel Château de Chimay
Localisation 6460 Chimay
Construction Du XIIe au XXe siècle
Style Traditionnel
Architecte Le Fuel entre 1860 et 1863; R. Pelgrims de Bigard entre 1935 et 1937
Occupants
Affectation Résidence privée
Protection Bien classé en partie le 24 décembre 1958

Dernière mise à jour : 12/01/2013



Place forte, Chimay, terre alliée à diverses cours royales, fut incendié sept fois.


Grâce aux voies de communication modernes, on ne peut plus dire, comme le pensait le panetier de Charles-Quint, que Chimay « est un trou mal foutu ». Au contraire, on y arrive par des routes magnifiques bordées de grands prés et de bois feuillus dans un environnement enchanteur et généreux. Le souverain des Pays-Bas espagnols était venu ici avec son fils Philippe le temps d’une soirée, d’un dîner et d’une nuit pour n’y plus revenir. Les princes étaient sur leurs anciennes terres tenues avant eux par les comtes de Hainaut et laissées comme Beaumont à la famille de Soissons vers 1222.

Dans la seconde moitié du XIVe siècle, on y trouvait les Blois. Ensuite Jean de Croÿ acheta la terre en 1434. En 1473, Charles le Téméraire érigea Chimay en comté. En avril 1486, Maximilien Ier en fit une principauté pour Charles de Croÿ, époux depuis décembre 1495 de Louise d’Albret, sœur du roi de Navarre, bisaïeul d’Henri IV, roi de France. Pour Louise, il avait refusé la main d’Anne d’York, fille du roi Edouard VII, descendante des comtes de Hainaut. Leur fille Anne offrit les seigneuries locales à son cousin Philippe II de Croÿ, issu de la branche aînée, fils d’Henri et de Charlotte de Chateaubriant, ancêtre du poète romantique. Charlotte était la fille de René et d’Hélène d’Estouteville.



Cadeaux de Charles-Quint

Leur petit-fils Charles hérita de Chimay. Il était l’époux de Louise de Lorraine, fille du duc de Guise et de Madame de Bourbon-Vendôme. Il se remaria à Antoinette de Bourgogne. Les deux premiers reçurent Charles-Quint et son fils Philippe dont la magnificence est encore illustrée par des cadeaux conservés au château et à la collégiale. Pour suivre les récents mémoires de la princesse de Chimay, on apprend que Philippe III, duc d’Aerschot, époux de Jeanne d’Halluyn, offrit Chimay à son fils Charles III (celui des albums), époux de Marie de Brimeu, comtesse de Meghem, veuve du comte Lancelot de Berlaymont. Marié de 1580 à 1605, il flirta avec le protestantisme, mais Robert Born (en 1981) ne dit pas, contrairement à d’autres, qu’il en fut. La princesse Elisabeth écrit qu’ils ne furent mariés que trois ans. Ce fut le temps de leur vie commune. Il faut dire que, dès 1584, la Brimeu s’était exilée en Hollande. En 1599, Charles et Marie se retrouvèrent au château de Groeninghe pour une sorte de pacte de non agression. Marie décéda à Liège le 18 avril 1605. En décembre 1605, Charles convola à nouveau à Mons avec sa cousine Dorothée de Croÿ qui ne lui donnera pas non plus le fils tant espéré. Par ailleurs, il fit transformer la forteresse en un palais de la Renaissance finissante. Le château fort prit une forme trapézoïdale. Les six tours d’angles rectangulaires, privées de toitures, furent reliées par des galeries, comme en témoigne un magnifique dessin conservé dans l’un des « Besoigné » exécutés entre 1600 et 1608. Austère à l’extérieur, la maison était un joyau d’arts décoratifs au-dedans. Charles s’en alla en 1612. Dorothée sera veuve cinquante ans.



Passé aux cadets des Ligne

Anne, sœur de Charles, vit venir l’héritage. Elle était l’épouse depuis le 4 janvier 1587 de son cousin Charles de Ligne, prince-comte d’Arenberg, fils de Jean et de Marguerite de la Marck. À travers Anne, Chimay passa aux mains des Arenberg, à commencer par Alexandre, pour aboutir aux Hennin-Liétard. La pérennité Hennin semblait assurée à la fin du XVIIIe siècle mais les trois frères (dont Philippe déjà évoqué à Beaumont) moururent sans postérité « l’un à la guerre, l’autre sur l’échafaud et le dernier dans son lit » pour reprendre la princesse Elisabeth.

Anne-Gabrielle (1728-1806), leur sœur (leur mère à tous était une Beauveau-Craon, d’Haroué), épousa en 1750 Victor-Maurice, lieutenant-général, marquis de Caraman et gouverneur du Languedoc. C’était un descendant de Pierre-Paul Riquet, le constructeur du canal du Midi. Ruiné par les travaux, Monsieur de Riquet fut quand même récompensé et fait baron par Louis XIV. Le fils de l’ingénieur reçut la terre de Caraman près de Toulouse.

Le troisième fils de Gabrielle, François-Joseph (1771-1843), fut le nouveau prince de Chimay. Il avait épousé le 3 août 1805 Marie-Jeanne de Cabarrus, née à Saragosse en 1773 selon les uns ou au château de Carabanchel de Arriba près de Madrid, selon Jacques Barlet et Frédéric de Baere de Clercq (en 2004). Elle décéda à Chimay le 15 janvier 1835. Elle était la fille du comte François et de Marie-Antoinette Galabert de Cazanova. Madame en était à ses troisièmes épousailles. Avant, elle avait abandonné son cœur à monsieur de Fontenay, puis à Jean-Lambert Tallien. Elle eut un rôle majeur dans l’arrêt de la barbarie révolutionnaire et fut surnommée « Notre-Dame de Thermidor ». Les deux premières parties de son cœur furent dissoutes. Ceci permit une nouvelle union. Depuis plus de 200 ans, les Caraman sont Chimay. Trois Joseph de Caraman se suivirent ici. Le dernier était le grand-père de l’actuel prince, Philippe.


Arts florissants et découvertes archéologiques

Sous leur « règne », le château de Chimay et la principauté n’ont cessé de s’élever dans le panthéon des hauts lieux de la culture d’Europe occidentale. Le théâtre est le point d’orgue des activités culturelles qui se développent ici dans la presque totalité de l’année. Le festival musical fut créé par le prince Élie en 1957. Depuis la réouverture du théâtre le 29 novembre 1991 (voir plus loin), les princes organisent ici sous la bannière de l'a.s.b.l. Le Château de Chimay le seul concours international de chant baroque au monde (en octobre) et un festival de musique baroque (en juin). Ce souci perpétue celui des Croÿ et des Chimay depuis le XVIe siècle. On sait ainsi que le florentin Luigi Cherubini (1760-1842), directeur du Conservatoire de Paris de 1822 à sa mort, composa une messe dite de Chimay. Le maître résida plusieurs mois chez les princes après divers échecs aux saisons 1809 et 1810. À la demande de l’Harmonie locale, il composa un début de messe dont le « kyrie » à trois voix servit plus tard à sa messe en fa. Ensuite, il proposa un « gloria ». Le « kyrie » fut chanté au château par son ami Daniel-François-Esprit Auber, l’auteur de « La Muette de Portici », né en 1782 et mort en 1871 (son monument au Père-Lachaise est de Le Fuel). Auber était accompagné de Pauline Duchambge, compositrice française (1778-1858) et par le prince François-Joseph.


La faute au corbeau

De l’antique bâtisse, par un jour de l’an de disgrâce 1935, il ne resta que des pans de murs. Le château brûla pour la septième fois. Vous nous pardonnerez de n’avoir point évoqué les six autres. Il n’y avait guère d’assaillants, mais bien un corbeau qui avait trouvé bon de planter son nid sur une poutre dont le parcours, assez curieux, traversait la cheminée du hall. Une flamme lécha le nid ! Le feu fut aussi terrible qu’à Beloeil (1900) et aux Vieux-Joncs (1971) et de nombreuses œuvres d’art périrent.

Ce fut ensuite l’occasion de reconstruire le château dans un goût traditionnel qui a renforcé avec assurance son esprit d’antique forteresse alors que le temps lui avait donné des apparences bien plus légères. Raymond Pelgrims de Bigard partit des murs en moellons de calcaire et fit enlever la galerie néogothique ouverte de douze arcades qui précédait la façade d’accueil longue de dix travées. Le prince Joseph accepta aussi de remplacer les baies à petits-bois par des baies à croisées en pierre sur les deux niveaux de résidence, en enlevant du même coup les volets. Cela donna une massivité plus grande à l’édifice, allégée toutefois par des bandeaux-larmiers qui divisent les niveaux sur toutes les longueurs. Les toitures surélevées furent pour leur part agrémentées de lucarnes passantes à meneaux et pignon plat, alternées avec d’autres petites lucarnes à portillons aveugles. Mais le travail le plus spectaculaire fut celui de la surélévation d’une tour engagée carrée de trois niveaux sous un encorbellement appuyé sur une frise de.... corbeaux. La toiture brisée file vers le ciel pour soutenir un magnifique bulbe venu rappeler ceux qui faisaient jadis la gloire d’Havré, terre des Croÿ. La girouette a été replacée le 1er juillet 2005 pour finaliser deux ans de travaux à cette partie récemment classée. Latéralement la maison compte quatre travées. Vers la terrasse méridionale, émerge une aile de trois travées de longueur et de trois travées de profondeur. Sur la dernière, s’appuie une petite tour hexagonale à toiture pyramidale.



Différents visages

Le château actuel n’a donc plus rien à voir avec les demeures anciennes. Des fouilles toujours en cours ont prouvé en 2002 ce que les textes annonçaient, à savoir qu’il avait existé un donjon dès le XIIe siècle. L’accroissement du château se fit avec le temps. Vers 1600, l’enceinte de pierre de la cité n’était toutefois longue que de un kilomètre, ce qui était bien plus petit que les murailles de Beaumont. Sous Charles III de Croÿ, le plan en trapèze du château encore augmenté avait permis de créer des terrasses plombées sur les quatre ailes crénelées. À l’époque, le château était défendu par de l’eau vers la collégiale – il reste des traces d’un pont-levis – et par des fossés secs sous la « montagne » vers le sud, sud-ouest. De ce château imposant, les Français minèrent deux tours en 1638. Quant aux fossés, ils furent comblés en 1750. Le château fut redessiné sous le XIXe siècle et mis à la sauce néogothique vers 1856 par un architecte inconnu. Un autre avait érigé dans la cour un premier théâtre vers 1810-1820 pour plaire à Mme Tallien.



Nouveau théâtre

En 1860, le prince Joseph (1808-1886), époux d’Emilie de Pellapra, commanda un nouveau théâtre qu’il fit installer dans une aile récente de 1856. L’architecte fut Le Fuel aidé par le décorateur et peintre Charles-Antoine Cambon, né à Paris en 1802 et y décédé en 1875. Cambon avait été l’élève de Pierre-Luc-Charles Cicéri (1782-1868), ancien chanteur d’opéra qui avait perdu sa voix de ténor et en trouva une autre dans le dessin et la peinture de décors de théâtre. Il fut chargé de refaçonner le théâtre de Fontainebleau sous la direction de Le Fuel. Cicéri avait été aussi le maître de Charles Séchant, auteur de la superbe « Salle florentine » au casino de Baden-Baden dans les années qui nous occupent. Le théâtre de Chimay fut inauguré le 25 janvier 1863. Il est directement inspiré de celui de Fontainebleau restauré avant 1853. Hector-Martin Le Fuel (1810-1881), premier prix de Rome en 1839, fut avec Garnier un des grands architectes français du Second Empire. Il aménagea le Louvre de 1854 à 1857 en créant la jonction entre les Tuileries et l’ancien château de Philippe-Auguste. Il a toujours cultivé un sens assez cossu du beau et du grandiose. Le théâtre échappa en partie à l’incendie de 1935. Il fut restauré illico, puis à nouveau en 1959 et enfin de manière approfondie en 1991. Le parc à l’anglaise et les bois, remarquable réserve naturelle, se visitent en saison. On y trouve une superbe ferme en U typique de la région, aux murs chaulés.


SOURCES:
Comte Baudouin d’Ursel, Princes en Belgique : Hennin-Liétard, Chimay 1735, Le Parchemin, 76e année, n° 394, Office Généalogique et Héraldique de Belgique, juillet-août 2011
Philippe Farcy, 100 châteaux de Belgique connus et méconnus, volume 4, Editions Aparté 2002
Paul Arren, Van Kasteel naar Kasteel VI, Hobonia 1995