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Beauraing, les imposants restes d'une époque fastueuse


Château de Beauraing - 5570 Beauraing



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  • Le nouveau corps de logis est installé dans la cour de l’ancien château-fort. Cette résidence récente est sobre et marquée du sceau de la France sous Louis XIV © Philippe Farcy

  • © Philippe Farcy

  • Les Beaufort-Spontin sont partis mais il reste de beaux éléments anciens comme les tours et ce vase en fonte au portail d’accès de la cour © Philippe Farcy

  • © Philippe Farcy

  • D’en bas, on devine mieux l’effet de forteresse que devait donner la château de Beauraing © Philippe Farcy

  • Carte postale ancienne, ed. J. Saimpain

  • Avant l'incendie, carte postale ancienne, ed. Nels, série 8, n° 32

  • Carte postale envoyée en 1965



Nom Officiel Château de Beauraing
Localisation 5570 Beauraing
Construction Du XVe siècle au XXe siècle
Style Traditionnel; éclectique
Architecte Jacques Dubroeucq; G.-J. Henry et Mestral au XIXe siècle; Lenelle et Lamarche au XXe siècle
Occupants Castel Sainte-Marie (Pro Maria a.s.b.l.)
Affectation Lieu de réception pour des groupes de prières
Protection Bien classé le 29 juin 1947; classement augmenté

Dernière mise à jour : 18/12/2014


Beauraing, un château fort accablé par le feu et le temps.


Jusqu’en 1795, Beauraing fut une pairie dépendant de la cour féodale de La Roche. Le premier seigneur mentionné dans les archives apparaît en 1196, raconte Stéphane Bourgeois, membre du cercle historique local. Les sires de Beauraing de l’époque étaient d’abord seigneurs de Han-sur-Lesse. La dimension et le type de château qu’ils entretinrent en ces lieux demeurent inconnus. Heluidis fille de Godefroid IV de Han, épousa à une date non précisée Gérard du Sart (fief situé près de Chièvres, en Hainaut). Gérard mourut aux Croisades en 1206. Leurs terres se situaient outre à Beauraing, sur la moitié de Dinant (Leffe) et à Sommières (Onhaye). Les archives parlent d’un château dès 1209, mais il existait déjà, pour les spécialistes, dès 1030. Vers 1360 par succession, on trouva à Beauraing Jehan de Herbigny (village du Hainaut français). Les d’Herbigny donnaient les sires de Ercy devenu Erezée. Ils furent maîtres de Beauraing pendant trois générations. Jean sera le dernier sire de la première lignée et mourra après 1390, précise l’abbé De Leuze en 1891. D’autres sources le disent vivant en 1437. Le deuxième d’Herbigny allait se marier trois fois. Du troisième mariage avec Alix de Jauche et de Hierges, viendra Jean, dit l’« Écorcheur ». Auteur de la troisième et dernière génération, il se rebella contre son prince, l’évêque de Liège, Jean de Heinsberg. Celui-ci vint tenir un siège devant Beauraing vers 1450 et le château fut détruit pour une grande part. Herbigny fut ensuite excommunié et il finit au gibet en terre lorraine. Ceci laissait la belle-mère du réfractaire et troisième épouse de son père à la tête de Beauraing. Comme elle avait convolé en deuxièmes noces avec Gilles (I) de Berlaymont, sire de Péruwelz et qu’elle en eut un fils Gilles (II), ce dernier hérita de Beauraing. Il releva les ruines et se maria avec Marie de Ligne (+ 1462).


Les Berlaymont

Gilles II et Marie de Ligne eurent un Gilles III. Ce dernier, nous dit un généalogiste namurois, se maria avec Beatrix d’Almado (princesse portugaise) d’où est issue une Gillette qui s’allia à Louis Rolin, sire d’Aymeries et héritier du richissime chancelier Rolin (peint par van Eyck). Gillette, dont personne n’a trouvé la lame... funéraire, donna en 1541 la terre de Beauraing à son cousin Charles de Berlaymont (1510-1578) qui était l’époux d’Adrienne de Ligne. Charles, gouverneur du Comté de Namur a reconstruit le château avec l’aide de Jacques Dubroeucq (Mons 1505 – 1584), architecte de la gouvernante des Pays-Bas Marie de Hongrie, à qui on devait les châteaux de Mariemont et de Binche. Le château avait été de nouveau détruit par les troupes de Henri II, roi de France. Jacques était le fils de Michel, baron de Perwez (en Condroz), sire de Floyon, de Kermpt, de Haultepenne et presque en face, d’Engis-sur-Meuse.

D’Adrienne, Charles eut onze enfants et le château devenu baronnie échut en partie à Florent, mari de Marguerite de Lalaing (+ 1650). À la mort de Florent en 1626, les cousins indivis étaient au nombre de trente-neuf. Les Brandebourg et les Egmont devinrent en partie seigneurs du domaine de Beauraing. Les comtes d’Egmont, princes de Gavre, avaient déjà relevé le site en partie dès 1655. Par le jeu des alliances mais aussi après d’interminables procès sur les titres de propriétés, les Egmont-Pignatelli recevaient en 1735 les deux tiers du domaine et les Beaufort-Spontin empochaient le restant. Le 14 juin 1740, les Beaufort-Spontin, vicomtes d’Esclaye et d’Audem-bourg, barons de Spontin et de Freÿr, sires de Crupet, Wasseiges, Onhaye, Goesnes, Fallais, Vêves et Chestrevin, par la personne de Charles-Albert, marquis de son état, devenaient seuls maîtres à bord. Son fils Frédéric-Auguste, marié en 1763 avec Marie de Toledo, dont la mère était une Salm-Salm, fut fait duc en 1782. Les Beaufort étaient déjà chez eux grâce à l’alliance de Jean de Brandenbourg, sires de Boulant, Château-Thierry (château fort en ruine situé face à Freÿr), Walzin et Bioul, avec Adrienne de Berlaymont. Les Beaufort comme les marquis d’Yve (de la branche aînée) étaient les héritiers des Brandenbourg. Charles-Albert de Beaufort-Spontin avait épousé Marie-Victoire de Glymes, marquise de Florennes. Sa fortune déjà importante devint considérable. Frédéric-Auguste fit aménager vers 1775 le mur d’enceinte entre village et château. L’architecte G-J. Henry (Dinant 1754 – Bruxelles 1820) fut chargé de ce travail de jeunesse assez accessoire par rapport au château de Duras et à ses travaux au parc d’Enghien.



Les ducs d’Osuna

Leur petite-fille Françoise de Beaufort-Spontin (1785-1830) vit le 18 novembre 1793 le château brûler. Le feu avait été bouté par les sans-culottes venus de Givet. Françoise épousa don François de Borgia Tellez Giron, duc d’Osuna, marquis de Penafiel. Il était le fils de Pierre et de Marie-Josèphe Pimentel, comtesse et duchesse de Bonavente.
Les jeunes mariés eurent deux enfants. Le second nommé Mariano, douzième duc d’Osuna, épousa à Bade en 1866 sa cousine la princesse Eléonore de Salm-Salm, née en 1842 à Dülmen et y décédée en 1891. Ce couple hérita à côté de Madrid de ce qui était le magnifique jardin de « La Alameda de Osuna », nationalisé par Franco après la mort de la dernière héritière Osuna, vers 1960. À Beauraing, Mariano d’Osuna reconstruit le château de 1855 à 1857, à l’identique de son aspect au XVIIIe siècle. L’architecte français Mestral fut appelé. Le duc qui était d’une richesse extrême assuma le chantier sans réchigner. En 1880, le prince de Galles qui chassait chez son cousin Léopold II à Ciergnon, dormit à Beauraing dans une résidence de niveau royal. En 1882, le duc d’Osuna mourut. Il était âgé de 68 ans. Madame se remaria avec le duc Rodolphe de Croÿ-Dülmen le 27 septembre 1884. Mais le 3 décembre 1889 un nouvel incendie ruina les aménagements récents, précise Stéphane Bourgeois. Le château qui était hypothéqué fut mis en vente forcée. Il fut alors acheté par M. de Charneux qui le conserva de 1897 à 1912. Ensuite, il fut acquis via la firme Bernheim par M. Mathys, entrepreneur anversois qui se servit du bien comme d’une carrière pour aller édifier des maisons dans la Métropole. Entre 1926 et 1932, le château fut partiellement reconstruit par son nouveau propriétaire Charles Lenelle qui dessina lui-même les plans avec l’aide de son ami M. Lamarche. Lenelle était géomètre-expert et directeur de carrières et de fours à chaux. M. Lenelle était originaire de Marche-en-Famenne, comme M. Lamarche. En 1946, le domaine entra en possession de l’asbl « Pro Maria » qui le possède toujours. Elle tient quarante hectares du parc. La commune en a pris trente autres à sa charge.


Des tours pour seuls repères


Posé sur une large butte calcaire, le château fut une première fois détruit en mai 1436 ou en 1445 par les troupes liégeoises du prince évêque Jean de Heinsberg. Ses restes les plus anciens datent du début du XVIe siècle jusqu’en 1550. Quatre tours furent érigées; les plus jeunes datent du début du XVIIe siècle. Elles reliaient les ailes d’un château totalement fermé qui avait les apparences d’une maison forte mais dont le style de vie influencé par la Renaissance laisse deviner qu’il s’agissait d’une demeure de plaisance pour la belle saison. Chaque tour porte encore un nom. Il leur fut donné par M. Lenelle de manière à favoriser le tourisme. Elles ont pour noms : « Charles-Quint », « Hainaut », « Namur » et celle dite « du Fou ». Les deux tours du sud-est sont les plus puissantes. Il faut les longer pour entrer via un portique de style Louis XIV en anse de panier orné de colonnettes annelées et de refends sur l’esplanade. Le portail est daté de 1747. Les tours présentent de hautes bases en moellons de calcaire séparées de l’étage supérieur privé de toiture par un bandeau larmier. Ensuite l’élévation se prolonge en briques sur trois niveaux et certaines tours présentent deux niveaux de caves superposés. Les montants des baies sont généralement harpés. La « Charles-Quint » est semi-circulaire car elle était jadis reliée à une aile qui venait s’encastrer en elle. La résidence actuelle, dite « Castel Sainte Marie », occupe la place des anciennes écuries. Elle ressemble un peu au château de Pietersheim, jadis aux Merode. Cette maison est posée sur le flanc ouest. Elle aligne neuf travées sur un seul niveau protégé par une haute toiture en bâtière animée de lucarnes diverses. La travée centrale est mise en évidence par des piliers à refends qui poussent jusqu’à la lucarne passante pour aller soutenir un fronton surbaissé chiffré. Le parc est piqué de très beaux bâtiments qui servent de refuges pour les groupes de prières.



SOURCES:

Marie-Christine Claes & Christian Van den Steen, Faste & misère. Le château de Beauraing au temps d'un grand d'Espagne, TreM.a (Musée provincial des Arts anciens du Namurois-Trésor d'Oignies) 19 décembre 2014
Comte Baudouin d’Ursel, Beaufort-Spontin 1782, Le Parchemin, 73e année, n° 373, Office Généalogique et Héraldique de Belgique, janvier-février 2008
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 4, Editions Aparté, novembre 2005