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Il faut remonter Brumagne des cendres


Château de Brumagne - 5101 Lives-sur-Meuse (Namur)



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  • © Philippe Farcy

  • Il y a cinq ans, un bateau hollandais passait devant Brumagne. © Philippe Farcy

  • Depuis la fin 2001, le château a perdu dans un incendie ses toitures et une grande partie de ses décors. Que va devenir ce superbe vaisseau ? © Philippe Farcy



Nom Officiel Château de Brumagne
Localisation 5101 Lives-sur-Meuse (Namur)
Construction XVIIIe-XIXe siècles; pavillon vers 1920 par le baron Carton de Wiart
Style Néoclassique
Architecte Gravures : au XVIe siècle (anonyme) et au XVIIIe siècle par Remacle Leloup
Occupants
Affectation Résidence privée; vide depuis novembre 2001
Protection Bien non classé

Dernière mise à jour : 04/12/2015


Un délice méconnu à l’avenir incertain.


Le classicisme en architecture est à l’opposé des discours baroque et rococo où foisonnent les détails décoratifs. Brumagne est typiquement un château classique par la retenue de son vocabulaire et la modestie de son apparence. En ces temps-là, si les enveloppes étaient sobres au-dehors, rien ne les empêchait d’être superbement décorées au-dedans. Brumagne est de ces maisons-là, belle sans plus vue du parc, et d’un raffinement complet dès que l’on y pénètre.

Mais son coeur est désormais meurtri. Brumagne, chargée d’une longue histoire, refuge apprécié du roi Albert Ier, ressemble à Windsor quand le feu frappa. Dans la nuit du 21 au 22 novembre 2001, un éclair électrique transforma l’antique bâtisse en une terrible torche. Une famille de locataires en réchappa fort heureusement mais il ne resta rien de la toiture et quasi rien de l’étage. Là se situaient les chambres. Dans l’une d’elles, le roi Albert Ier et la reine Elisabeth logèrent quelques fois entre les deux guerres. Cette chambre, lambrissée de chêne et couverte de stucs sublimes créés par les frères Moretti vers 1760, est anéantie.



Décors intérieurs


Les décors du bel étage, à lire comme deuxième niveau car les hautes caves non enterrées et tapissées de pierre bleue au sol constituent un véritable niveau, qui ne s’étaient pas effondrés lors du feu n’ont pas résisté à l’eau. Ils ne sont presque plus récupérables, nous confiait la propriétaire. Depuis le drame, seule la couverture en tôle a été placée. Des décors anciens de Brumagne, qu’Oscar Petitjean décrivait avec un enthousiasme parfaitement justifié dès 1933-1934 pour les lecteurs du Touring Club, on peut encore admirer le hall d’entrée. Il est couvert de faux marbre peint, animé de bacchanales – jeux d’enfants – d’une qualité très proche de celles que concevait le peintre tournaisien Piat Sauvage (1744-1811). Mais là aussi l’eau a engendré des dégats immenses. Les peintures sont presque illisibles. Un petit salon à caissons circulaires présentait ses « amours » évocateurs et ses colombes du temps de Louis XVI. Ils churent. La salle à manger est plus spectaculaire encore; ses stucs remontent sans doute du temps de l’occupation hollandaise. Le centre est tombé; il n’en reste que des bribes. Des stucateurs liégeois et siciliens ont été appelés au chevet mais comme les assurances refusent de coopérer, Brumagne est quasiment condamné.



Le fleuve comme étang


Un corps central presque carré est planté est-ouest. Une aile plus étroite regarde nord-sud et une troisième en équerre de la deuxième s’approche de la Meuse, véritable miroir d’eau d’un parc privé d’étang. La demeure de briques enduites et de pierre bleue s’élève sur trois niveaux inégaux. Le rez est au bel étage ce qui accroît la vue sur le fleuve et le parc, jadis de 200 hectares, planté d’arbres centenaires. Les baies sont à meneau, à listel et à refends; les volets sont toujours présents. La toiture était en bâtière à larges croupes. Un clocheton sommait le corps central. Quelques lucarnes en bâtière et des cheminées embellissaient les ardoises.



Fief des Woelmont


Brumagne est une antique seigneurie liégeoise dont Stanislas Bormans donna en 1868 tous les possesseurs du domaine jusqu’en 1773. Il y en eut onze dont les Argenteau, Bonam, Eynatten, Salmier de Melroy et de Hosden puis les Marbais de Loverval, issus des comtes de Bornhem et de Nyelle, vicomtes de Dourlens, de 1673 à 1772 quand Nicolas-Ignace baron de Woelmont, seigneur de Soiron, Saint-Germain, Mehaigne, Eghezée, Frocourt, Wignée, Hambraine, etc, y succéda à son feu cousin Marbais. Les Woelmont demeurèrent ici jusqu’en 1920. A cette époque, la baronne Arnold de Woelmont, née Marthe de Vinck de Deux-Orp, céda le bien au frère de l’ancien premier ministre, Edmond Carton de Wiart (1876-1959), chevalier en 1911, baron en 1922, comte en 1954. Cette demeure agreste posée en face des rochers de Marche-les-Dames appartient à sa petite-fille.


Le domaine est sous surveillance constante. Accès interdit au chantier.



SOURCES
:
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 2, Editions Aparté, novembre 2003
Stanislas Bormans, Les Seigneuries allodiales du Pays de Liège, avec une introduction historique, J. Gothier 1867