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Lophem ou la gloire du « Gothic Revival »


Kasteel van Loppem - 8210 Loppem (Zedelgem)



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  • © Philippe Farcy

  • © Philippe Farcy



Nom Officiel Kasteel van Loppem
Localisation 8210 Loppem (Zedelgem)
Construction 1856
Style Néogothique
Architecte 1859: Baron Jean-Baptiste de Béthune; 1913: Jozef (Jos) Viérin
Occupants Fondation Jean van Caloen
Affectation Musée et salles de conférences
Protection Bien classé le 25 novembre 1985; parc classé le 27 août 1985

Dernière mise à jour : 09/05/2012



Beau, grandiose, Lophem est un symbole artitique et un haut lieu de l'histoire contemporaine. Contre le château de briques l'architecte Viérin a installé un châlet de bois pittoresque et charmant.

L’art gothique revu au XIXe siècle trouve ici un programme complet, parc compris.

Lophem, a priori, tout le monde connaît. Le château appartient aux descendants des édificateurs via la Fondation Jean van Caloen. Certes il s’agit d’un de nos châteaux les plus historiques et parmi les mieux en mémoire dans la population. Mais ce ne l’est pas tant par l’ancienneté de la demeure que par la présence en ces murs et durant un bon mois – du 24 octobre au 25 novembre 1918 – de nos souverains Albert et Elisabeth et leurs enfants, que le château est réputé. Cela vaut aussi pour Wynendaele, si proche, mais accompagné d’une charge dramatique supplémentaire. Lophem a été honoré de la présence du roi d’Angleterre et de son fils le prince de Galles en décembre 1918. Le président français Raymond Poincaré s’y rendit lui aussi. Enfin, et on ne le sait pas assez, c’est ici que le roi Albert et ses ministres optèrent pour le suffrage universel (masculin) et la flamandisation des universités de Flandre.


1856

Le château actuel aura été édifié en 1856 à l’emplacement d’une autre bâtisse néoclassique érigée en 1778. C’était un bijou sur le plan du style Louis XVI. On le détruisit car il ne correspondait plus en rien par sa simplicité de lignes extérieures « à l’expression du climat local, au rang social des commanditaires et à la foi religieuse de ses futurs occupants », comme le soulignait en 1850 T.H. King quand il évoquait le château idéal en cette période victorienne. Le climat politique favorisait de tels choix. Les catholiques adoraient le gothique quand leurs ennemis libéraux se pavanaient dans la Renaissance avant de tomber en pamoison dans l’Art nouveau. Les van Caloen étant de fervents catholiques et défenseurs des idées religieuses par tous les moyens possibles, ils utilisèrent l’architecture gothique comme un vecteur de propagation de la Foi dans une recherche de perfection. Le domaine de Lophem partit de 1 ha 70 a en 1770. Il avait été porté après les troubles révolutionnaires à 17 ha par la famille de Potter de Droogenwalle. Ces de Potter étaient originaires de Dixmude.


van Caloen-Gourcy

Avant 1778 Pierre-Clément de Potter avait fait construire sa maison de campagne dans le sens voulu par la mode de l’époque prônant le « retour à la nature ». Pierre-Clément avait épousé en 1782 Marie Marouxc d’Opbrakel. Le couple eut deux enfants, Louis et Marie. Marie (1793-1864) allait épouser Joseph-Bernard van Caloen (1776-1848) et s’installer à Lophem. Sous le règne de ce couple, les terrains de Lophem montèrent à 235 ha. Les van Caloen-de Potter eurent trois fils: Joseph, Charles et Louis. Charles (1815-1896) allait convoler en 1847 avec la comtesse Savina de Gourcy-Serainchamps (1825-1912), fille du châtelain de Mianoye dont le vieux château sis à Assesse allait être détruit pour faire place à un chef-d’œuvre lui aussi néogothique de Henri Maquet (1839-1909), auteur de la façade du palais royal de Bruxelles. Le second Mianoye fut à son tour démoli. Les van Caloen déjà en 1852 avaient demandé à Jean-Baptiste Béthune (1821-1894) de leur construire une chapelle près de l’église du village. Elle relevait bien sûr du néogothique.

Toutefois, pour le château qu’il était indispensable de construire, ils firent appel à l’architecte anglais Edward Walby Pugin (1834-1875), fils du grand penseur et lui aussi architecte Augustus Pugin (1812-1852). Pugin fils allait obtenir trois commandes en Belgique avant de mourir comme son père vers ses 40 ans.

Il s’agissait de la basilique de Dadizele, du château de l’évêque Jean-Baptiste Malou à Saint-Michel (Bruges) et de celui de Lophem. Il n’exécutera pas Lophem mais il en donna les plans qui furent généralement respectés par celui qui allait devenir le maître du chantier à savoir Jean-Baptiste Béthune, l’auteur plus tard de l’abbaye de Maredsous et de bien d’autres chefs-d’œuvre. Lophem est d’autant plus important pour la connaissance d’un goût donné à un moment donné que tous les documents relatifs à son édification ont été préservés. De plus le château étant un programme complet, il fut décoré à la même sauce médiévale. Pour comble de bonheur et de rareté, l’ensemble des décors est conservé. Le cas est presque unique en Europe. On remarquera d’emblée que le vocabulaire gothique utilisé n’a pas été totalement poussé dans les limites défendues par un Viollet-le-Duc à Pierrefonds. Lophem ne présente guère d’éléments de défense: point de tours, de pont-levis, de crénelages, de meurtrières... C’est une maison de plaisance.



Art parlant et goût du pittoresque

Lophem est une demeure de campagne massée, toute en briques façonnée avec la terre du parc ce qui permit de creuser deux étangs. La demeure est longue de onze travées animées de baies tournaisiennes à croisillons simples ou doubles et divisée en deux corps inégaux. À gauche l’édifice regroupe les beaux quartiers et monte sur trois niveaux. À droite on s’est contenté de deux niveaux. L’ensemble repose sur un soubassement aveugle. Cette architecture se veut parlante. On devine ce qui se cache derrière les murs par le jeu des volumes ou des couleurs. La partie gauche est animée par une échauguette qui abrite la chapelle et dont la base en encorbellement repose sur un pilier à trois pans. Au centre émerge comme à Schelderode, château voisin et petit frère de Lophem, une haute tour carrée de cinq étages en hors d’œuvre. Elle reçoit la porte d’entrée à arc brisé sommé des armoiries Caloen – Gourcy. Une travée en retrait joint la tour aux trois dernières travées qui forment le pignon ouest. La tour est couplée à un petit pavillon de bois et de verre animé de gargouilles très sympathiques. Il s’agit d’une composition de Jozef Viérin (1872-1949) déjà rencontré à Houthulst.


SOURCES:
Philippe Farcy, 100 Châteaux de Belgique, connus et méconnus, volume 3, Editions Aparté, novembre 2004 
Paul Arren, Van Kasteel naar Kasteel I,  Hobonia 1985